Bio Moon : Prevotella feat. Covid-19 Interview Exclusive

Bio Moon : Prevotella feat. Covid-19 Interview Exclusive

Publié le 27/04/2020 à 23:06 - Mise à jour le 29/04/2020 à 08:12
Peggy und Marco Lachmann-Anke
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Auteur(s): France-Soir, Interview réalisée par Xavier Azalbert

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INTERVIEW EXCLUSIVE : De la matière grise confinée à domicile avec un outil de recherche, des millions de publications scientifiques, c’est bien la série « Internet of Science » et non Big Brother qui se joue devant nous. Difficile pour les réalisateurs de rivaliser d’idées pour attirer le public et déclencher l’ire des foules.  L’histoire de Bio Moon et Sandeep, est toute autre. Ce n’est plus un film ou une série télévisée mais, une réalité où chacun doit-être prêt à prendre des coups, car ils jouent les troublions d’un ordre trop établi. Le seul crime : Essayer de comprendre le virus  Covid-19 et comment il fonctionne. A l’heure où on nous avertit de l’augmentation de la cybercriminalité quand la moitié de la population mondiale est confinée, à l’heure où l’on peut se faire passer pour un autre sans se faire détecter, tout n’est pas fake news, deep fake et crime organisé. La majorité des gens utilisent internet d’abord pour travailler, se divertir ou communiquer avec leurs proches. Bio Moon a consacré son temps à s’informer, à s’éduquer, à collaborer en faisant de multiples recherches sur la bactérie Prévotella et s'il y avait une relation avec Covid-19.  En désespoir de pouvoir communiquer avec les sachants, il a fait usage d'internet pour d'abord collaborer et valider ses hypothèses avant de publier ses travaux :

« la science appartient à tout le monde »

Dans l’espoir que cela inspirera nombre d’entre nous à sortir de leur zone de confort. L’avenir appartient à ceux qui se lèvent.

Bio Moon répond à nos questions : 

France-Soir : Votre démarche anonyme est rare de nos jours, qu’est-ce la tranquillité pour vous quand bien des gens cherchent à se faire une place au soleil ?

BM : L'idée n'était pas de jouer au héros. Les héros font face à la maladie, comme beaucoup je suis planqué derrière mon ordinateur.  Ensuite, j’étais prêt à ce que ma démarche soit raillée. Une expérience récente me l’a prouvé ou j’ai dû aider ma mère, victime d’une affaire d’escroquerie juridique.

Dans notre société, le titre est sacré. Peu importe que son détenteur manque de probité, ne renouvelle pas ses compétences, Il est légitimé par le statut, les réseaux et ses pairs. C'est bien au front que l'on voit les compétences.

Pendant mes cinq ans d’études avec des enseignants de grandes qualités, je travaillais à côté, j'aimais voyager, faire de la musique, la fête aussi. Les professeurs étaient dépités : Ils mettaient des sujets prévisibles et scolaires pour garder un quota d’élèves.

Je me doutais que ma démarche recevrait un accueil désagréable car en mettant en avant mes travaux, je deviendrais une cible. J'ai une vie tranquille à la campagne où j'écris et joue de la musique. Au regard de la tempête, j’en arrive à regretter de ne pas avoir profité de ma famille et du jardin durant ce confinement. La vie publique est pour moi une aliénation de ma liberté.

J'ai donc tout fait pour transmettre mon travail aux autorités sanitaires, scientifiques et politiques avant de publier quoi que ce soit. Depuis le 20 mars, j'ai envoyé des messages ; surprise, seul SANOFI m’a reçu. Des autres, rien. J’ai donc cherché si cette piste était explorée. Elle ne l'était pas. C’est là que Bio Moon est né.

FS : Dans notre entretien, vous avez évoqué votre passion pour le métier d’enseignant.  D’où vous vient-elle ?  Qu’est-ce que cela veut dire pour vous ?

BM : J'aime apprendre depuis tout petit. Dans la cité où j'ai grandi, on ne se faisait pas des amis à être scolaire et bon à l'école. C'était même le contraire.

Très tôt, la liberté rimait pour moi avec apprendre et savoir. Cela m'a permis de ne pas m'enfermer dans les prisons culturelles et intellectuelles qui se présentaient à moi. C'est aussi le savoir qui m'a permis de ne plus accepter la posture parfois condescendante des experts. Le savoir, c'est ma liberté, ma force. Cela permet aussi de se comporter comme un citoyen éveillé, qui ne se laisse pas influencer par la propagande politique ou ses ambitions individuelles, un citoyen qui pense le bien commun, dont la seule ambition est collective.

L’éducation est la seule révolution souhaitable, elle a changé le monde. En apprenant à éduquer ses instincts primaires, à délaisser son cerveau reptilien pour découvrir son cortex, l’homme passe moins de temps à se battre et arrive à parler de concept comme la démocratie et la liberté.

J'ai grandi en cité, lieu de misère matérielle et de violence. La plus importante est la misère culturelle et intellectuelle dans laquelle on laisse tous les enfants. Seul le savoir pourra leur permettre de ne plus se penser comme victime, de ne plus accepter les déviances et les violences auxquelles, on les a habituées. On s'en prend beaucoup aux enseignants, mais on les laisse seuls à devoir gérer les problèmes sociaux, économiques, culturels de ces banlieues.

Les enseignants venaient tous les jours dans la cité, nous arrivions avec tous nos problèmes quand on allait à l’école. Grâce à leur dévouement, j'ai appris les fondamentaux, ils m'ont aussi apporté une sensibilité à travers le théâtre, la photo, le sport, la culture.

J'ai eu de la chance : Renvoyé à plusieurs reprises, j'ai fini par être éloigné de mon environnement proche. D'autres personnes m’ont rééduqué et aidé à trouver le chemin de la résilience.

L'école m'a probablement sauvé de moi-même. Après, mes passions, pour la nature, pour la planète Terre, pour les astres, pour la paléontologie, ont fait de moi un professeur de SVT.

FS : Vous vous présentez comme un simple professeur de SVT, vos diplômes ne vous permettent-ils pas de prétendre à un peu plus de respect dans le cadre de vos travaux ?

BM : Suite à ma Maîtrise en Biologie Géologie, j’ai suivi une prépa Capes-Agrégation. J'ai arrêté à quelques semaines du concours pour des raisons personnelles. Après j'ai travaillé comme consultant puis comme formateur. Seul l'enseignement m'animait et avait un sens à mes yeux. Je suis donc revenu dans l'enseignement en tant que contractuel.

FS : Vous avez travaillé tard la nuit après avoir couché votre fille.  Quelle était l’intention de votre démarche ?  

BM : Au début, je voulais simplement m'assurer que ma fille pouvait aller à la crèche. J’ai donc cherché à vérifier que cette maladie ne touchait pas ou peu les enfants, puis j'ai continué mes recherches pour présenter une activité à mes élèves.

Assigné à résidence, pendant que des gens vont se battre contre la mort, que faire ? Attendre, ce n'est pas mon tempérament. De plus je connais les vicissitudes de notre élitisme. La seule chose utile que je pouvais faire pour me rendre utile était d'essayer de comprendre.

FS : Quelle vision avez-vous du système français ?

BM : Le propos de Bourdieu sur la reproduction et les héritiers prendrait toute sa mesure aujourd'hui. Je ne parle pas de lutte de classes ou d'injustice: Il ne peut pas y avoir de compétitivité sans compétition. Il y a des ressources extraordinaires en France, on les ignore parce qu'elles n'ont pas fait les grandes écoles.

Il n'y a aucune raison que je confie mon devenir, à des personnes ayant le statut, sans avoir à prouver leur mérite, pour peu que leur cadre social leur ai permis de faire ces études.

Combien peuvent faire Médecine, dix ans d'études avec 500 euros par mois pour vivre, sans pouvoir travailler à côté. La sélection est ici purement sociale. Aucune compétition. On prend les mieux nés.

Finalement, rien n’a changé, la chevalerie est réservée aux nobles. La bravoure, la compétence, l'opiniâtreté, la conscience professionnelle ne s'héritent pas. En regardant les scandales politiques, financiers, médicaux, dont les acteurs sont pourtant ces messieurs qui nous imposent leur légitimité, il n'y aucune raison que je leur abandonne mon instinct de survie et ma liberté individuelle. Le mépris et la suffisance aiguise la défiance populaire et pousse les gens à la violence.

FS : Votre démarche citoyenne vous a valu des critiques.  Qu’aimeriez-vous dire à vos détracteurs ?  Qui sont ces détracteurs qui vous ont déçus ? 

BM : En premier lieu, le problème de notre civilisation est la paresse intellectuelle. Qu’en tant qu'élites, elles ont un devoir et qu'en traitant le sujet de manière aussi approximative elles décrédibilisent toute parole sérieuse et compétente.

Être intelligent, c'est savoir dire que l'on ne sait pas.  J'ai écouté des experts, des médecins, des gastro-entérologues dire que la bactérie Prevotella se trouvait dans l'intestin. Ils ignoraient que les poumons n'étaient pas stériles, qu'il existait un microbiome pulmonaire. De plus pour eux, il n'y a qu'une famille de phage alors qu'il y en a une vingtaine. A leur décharge les publications sont pour la plupart d'origine anglo-saxonne.

J'avais dans l'idée que nos « sachants » se tenaient au courant des découvertes qui permettent de mieux soigner les gens. J’ai été surpris que beaucoup d'entre eux ne connaissent pas les travaux de Bruno Lina sur l'impact du microbiome sur les infections virales des voies respiratoires. Les comités de lecture devraient aussi avoir comme objectif de les tenir informés. Lisent-ils les publications qu'ils valident ? Il y a eu de nombreux articles très sérieux à ce sujet.

Cette crise révèle l’état de pauvreté de la recherche française.

Les chercheurs ne sont pas à critiquer, on leur demande de forger un fer sans forge et sans marteau. Ont-ils les bons moyens pour travailler ? Une grande partie est obligée de donner des cours quand il faudrait se plonger en apnée dans une démarche scientifique. Ils sont de plus maintenant sous tutelle des grands laboratoires depuis la réforme sur l'autonomie des universités.

Notre recherche fondamentale s'est effondrée. Les sujets de recherches sont dans l'étau des thèmes à la mode et des positions qu'il convient d'adopter. L'imagination, l'audace, la créativité ont été chassées, on privilégie le recyclage à l'infini des mêmes approches qui se traduisent par la conception d'un produit commercialisable.

Dans cette aventure, j'ai reçu le soutien d'un journaliste d’Alternative Santé que je trouve très sérieux. Ce magazine propose une approche plus douce de la médecine, moins invasive, plus préventive s'appuyant sur des recherches et des publications validées. Il a donc écrit un article au sujet de mon travail et a demandé l’avis d’experts : ces scientifiques et médecins lui ont dit qu’ils ne s’intéressaient pas à l'homéopathie ! Je pense qu'il n'est pas nécessaire d'en rajouter.

FS : Pourquoi nous avoir contacté ?

BM : Face à la légèreté des articles publiés et la manière dont ils attaquaient Sandeep Chakraborty, j'ai estimé devoir sortir de ma réserve. Vous êtes le seul journal à avoir eu une approche neutre, non condescendante, à avoir fait preuve de rigueur en allant rechercher la source et en étudiant chaque publication. A mon avis, les autres se sont contentés de copier/coller ce que le journaliste de Libération, en manque de « fake news » et trop pressé pour travailler, avait rédigé. Léger.

FS : Qu’aimeriez-vous que votre fille retienne de cette crise ?

BM : On est tous sur le même bateau. Devant la mort il n'y a pas de riches, de pauvres, de juifs ou de musulmans, juste des humains. L’ambition doit être collective et ne doit pas être la thérapie de nos névroses, l'assouvissement de nos frustrations, l'expression de nos vengeances sur la vie ou la culture d'un égo pathologique. Pour être heureux, Il suffit de donner du sens à ce que l'on fait pour que notre environnement proche ou plus lointain comme la Terre, soit paisible pour tous. Cette crise montre que nous sommes interdépendants.

FS : Et pour vos élèves quels enseignements ?

BM : Que c'est cool de venir au Lycée, de travailler, d'apprendre, cela donne un sens à la vie.
Que ça leur permette de réfléchir au choix qu'ils feront pour leur avenir et leur mode de vie. Qu'ils prennent conscience que la nature, la vie, nos sociétés reposent sur un équilibre fragile. Il faut sans cesse apprendre à mieux connaître son environnement afin de pouvoir s'adapter. Qu'ils apprécient ce monde dans lequel on vit, largement perfectible, mais que nous améliorerons, non pas par la violence, l'opposition frontale, mais par la prise de conscience intellectuelle et collective, donc par le savoir. Qu'ils apprennent à quel point une bonne hygiène, une bonne alimentation peut sauver la vie.

Enfin qu'ils aient conscience de l'urgence que représente la sauvegarde de la biodiversité et des espèces naturelles qui sont à mes yeux la véritable urgence écologique.

FS : Quel citoyen êtes-vous ? vos passions ?

BM : Un citoyen passionné de politique, impliqué, mais non militant. Je n'aime pas le militantisme. Je ne suis pas prêt à me battre pour des idées, pour des vies oui. Un citoyen désabusé qui ne votait pas jusque-là, désabusé par ce qu'il observe qui n'est à ses yeux pas de la politique. J'aime écrire et je fais de la musique.

FS : Avez d’autres sujets à évoquer ?

BM : Une étude sur le microbiome a été mise en place par l'AP-HP, c'est tout ce qui est souhaitable pour nous.

Je propose une chose car si on ne le fait pas maintenant, on ne le fera jamais :Une trêve générale

On a tous des responsabilités dans cette crise, par nos modes de vie, notre consommation, notre indiscipline, notre goût d'Amazon et des produits chinois. Ce virus peut-être une bonne chose si nous le transformons de manière positive. Commençons dès maintenant. Plus de polémique, plus de mépris, plus de dédain jusqu'en 2022. Que le peuple cesse de dénoncer les élites et les élites de mépriser le peuple. De l'enthousiasme, de l'entraide, de l'humour.

Comme j’ai lu il n’y a pas longtemps sur internet

« Chacun pour tous »

Auteur(s): France-Soir, Interview réalisée par Xavier Azalbert

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