Endométriose : une hausse des cas due aux substances chimiques?

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FranceSoir
Publié le 28 juin 2022 - 15:25
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En France, l’endométriose toucherait près de 10 % des femmes en âge de procréer.
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Des études scientifiques font le lien entre pollution et endométriose, une maladie mystérieuse et longtemps taboue. La recherche avance doucement ; les résultats ne sont pas encore clairs.

Endométriose, qu'es aquo ?

L’endométriose est de plus en plus médiatisée, mais nombreux sont ceux qui ignorent encore l’existence de cette maladie. La faute au tabou qui règne encore autour des menstruations féminines et des douleurs dont elles s’accompagnent. Parfois insoutenables, ces dernières sont parfois dues à l’endométriose, qui peut aussi causer des problèmes d’infertilité.

Concrètement, la maladie provoque la fragmentation d’un tissu semblable à l’endomètre (muqueuse tapissant l’intérieur de l’utérus) dans différents organes externes à l'utérus (ovaires, rectum, vessie, intestins, poumons, etc.) Au moment des règles, les hormones provoquent une inflammation de ces fragments, qui provoquent de fortes douleurs et ont des conséquences comme des troubles digestifs, des problèmes urinaires, etc.

Voir aussi : "Elles n'ont plus de règles" après le vaccin covid: "Où est mon cycle" libère la parole des femmes sur les effets secondaires

En France, l’endométriose toucherait près de 10 % des femmes en âge de procréer, mais le diagnostic est pourtant souvent trop tardif, à cause d'un manque de sensibilisation. Pourtant, depuis les années 1990, la pollution aux pesticides (PCB et dioxines) fait augmenter et aggraver cette maladie gynécologique chronique, première cause d’infertilité en France. Le ministère de la Santé a lancé une stratégie nationale de lutte contre l'endométriose (la deuxième plus importante au monde après celle de l’Australie). Selon le gouvernement, les causes de cette maladie sont “mal connues”, et plusieurs facteurs sont mentionnés : les menstruations, les facteurs hormonaux génétiques, mais aussi environnementaux. 

Les pesticides, encore et toujours ?

Une publication scientifique datant de juillet 2021 passe en revue une cinquantaine d'études, et démontre que l’exposition de plus en plus courante aux produits chimiques augmenterait exponentiellement le risque d'endométriose. Le site Reporterre s'est penché sur la question et dénonce le fait que l’exposition aux PCB, aux dioxines, aux pesticides, et aux organochlorés, augmente le risque de souffrir de cette maladie de plus en plus courante.

Alors que la plupart de ces substances (pesticides et retardateurs de flamme) ont déjà été interdites en Europe depuis dix ans, on les retrouve toujours dans les organismes, notamment ceux des femmes souffrant d’endométriose. D'autres perturbateurs endocriniens sont toujours utilisés dans des emballages, des ustensiles et cosmétiques. On les retrouve aussi dans les eaux des rivières, et par extension dans la mer, les lacs et la chaîne alimentaire reliée.

Lire aussi : Pesticides dans l’eau: les zones rurales toujours exposées

Cependant, les études ne confirment pas un lien de causalité direct entre consommation d’aliments pollués (ou contact avec polluants) et endométriose. Elles se limitent à identifier un lien possible entre certains polluants et la maladie, sans réellement expliquer par quels mécanismes ils agissent sur la maladie. Le Pr Peter Von Theobald, gynécologue spécialiste de l’endométriose au CHU de Saint-Denis à La Réunion, (une des régions françaises les plus touchées par l’endométriose) expose une théorie selon laquelle chez les femmes particulièrement exposées à des traitements chimiques très répandus (c’est le cas à la Réunion de l’exposition au traitement chimique contre la gale et les poux), les perturbateurs “miment” l’action des œstrogènes, provoquant l’épaississement de l’endomètre, ce qui ferait “flamber” ou aggraverait la maladie. 

S'adapter dans l'urgence en attendant les solutions

Pour mieux comprendre comment les polluants agissent dans l’aggravation de la maladie, la chercheuse Marina Kvaskoff a lancé le projet EndoxOmics-β. Après une première étape d'étude auprès d’un large panel de volontaires, ellle cherche à trouver des stratégies préventives, mais aussi de nouveaux outils de diagnostic non invasifs. Prometteurs, les premiers résultats ne seront disponibles que d'ici à trois ans.

Pour l'instant, la maladie n’a pas de traitement homologué. La prise d’hormones et les opérations chirurgicales arrivent dans les meilleurs des cas à freiner sa progression. Aussi les femmes qui en souffrent cherchent-elles à sensibiliser le grand public sur les réseaux sociaux, pour rendre visibles les dangers et l’urgence de la prise en charge. En parallèle, elles cherchent les manières de combattre la maladie en adaptant leur régime alimentaire et en menant une vie exempte de polluants.

Suite : Endométriose : soutien et conseils santé sur les réseaux sociaux

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