Déficit de l'Unédic : l'Etat assis sur une bombe budgétaire

Auteur(s)
Damien Durand
Publié le 07 juin 2016 - 18:20
Image
Une manifestation de la CGT Spectacle en 2014
Crédits
©Jacques Demarthon/AFP
Le déficit de l'Unédic était de 4,4 milliards d'euros en 2015.
©Jacques Demarthon/AFP
Les partenaires sociaux sont engagés depuis février dans la négociation sur l'assurance-chômage. Mais le déficit restera important. Et l'Etat, qui garantit la dette de l'Unédic sans vraiment avoir le choix, pourrait finir par le payer.

Comment les négociations de l’Unedic, qui ont commencé officiellement le 22 février, vont-elles se terminer? Mal très probablement, du moins sur un plan comptable. Sauf miracle, le régime devrait une nouvelle fois afficher un déficit entre 3 et 4 milliards d’euros (il a été de 4,4 milliards en 2015, environ 3,6 sont attendus pour 2016) pour un total cumulé –pour l’instant– de 25,8 milliards fin 2015. On devrait se rapprocher dès cette année des 29 milliards de déficits cumulés et atteindre avant 2020, si rien ne change, un montant égal à l’ensemble des cotisations collectées sur une année (34 milliards d’euros actuellement).

Une très mauvaise nouvelle pour une caisse paritaire dont l’équilibre dépend très largement d’un niveau de chômage qu’elle ne maîtrise pas: plus le chômage est faible, plus les cotisations rentrent et moins le nombre de personnes à indemniser est important. Or, le contexte est exactement l'inverse. Les chômeurs sont aujourd’hui 2,6 millions à recevoir une allocation. Soit d'ailleurs à peine plus de 40% du nombre de personnes inscrites à Pôle Emploi.

Or, ce déficit de l‘Unédic, bien qu’il ne soit pas stricto sensu du ressort de l’Etat –le régime étant géré paritairement, il est donc privé– fait peser une menace pour la dépense publique qui pourrait se retrouver avec le devoir de tout éponger. Et cela hors du radar des comptes publics.

Chaque année, l’Etat se porte "caution bancaire" de l’Unédic, qui comble ses milliards de déficit en empruntant sur les marchés les fonds nécessaires à l’équilibre, par la dette, entre les cotisations reçues insuffisantes pour soutenir les allocations versées, selon des critères définis par les organismes paritaires. Une aubaine pour les investisseurs: "Comme l’Etat garantit la dette de l’Unédic, les marchés font confiance. C’est même une affaire intéressante pour eux!" ,explique Jacques Bichot, économiste et membre honoraire du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Une dynamique qui fait grossir la dette potentielle de l’Etat. Potentielle car comme il s’agit d’une caution, et comme l’Unédic arrive pour l’instant à réemprunter sur les marchés chaque année pour éponger son déficit, rien ne sort des caisses de l’Etat. Mais si un jour les prêteurs privés perdent confiance, la caution s’enclenche. Et l’addition qui vient avec de tous les déficits cumulés.

L'Etat poussé à cautionner le déficit

 

L’Etat n’est pourtant, en théorie, pas obligé de se porter garant du déficit de l’Unédic. Il n’a en réalité pas le choix comme l’explique Jean-Yves Archer, économiste spécialiste des finances publiques: "Vous imaginez si demain l’Unédic n’arrive plus à se financer? Cela signifie que l’on ne pourra plus verser les indemnités chômage aux 2,6 millions d’allocataires, du jour au lendemain. Autant vous dire que le résultat en termes de mouvement social sera plus brutal que du blocage de raffineries…".

A défaut de bombe sociale, l’Etat choisit donc la bombe budgétaire. Et cela en toute opacité. En effet, les engagements de l’Etat ont, en finances publiques, la particularité d’être placé en "hors bilan" comme ils ne correspondent pas à un décaissement immédiat. Le chiffre n’apparaît donc pas dans le déficit officiel (70,5 milliards en 2015). Et Jean-Yves Archer l’assure, la question n’est pas débattue à l’Assemblée nationale lors des débats du projet de loi de finances: "Le choix de placer un engagement en hors bilan est une décision qui vient directement de l’Elysée et du gouvernement. Les députés n’ont pas leur mot à dire".

Et la cocotte-minute du déficit de l’Unédic n’a que peu de chance de se résorber. D’une part car il faudrait que le chômage baisse nettement et sur la durée pour amorcer une épuration du passif avec plus de cotisations et moins de dépenses. D’autre par cart, comme le souligne Jacques Bichot, c’est le système de gestion de l’Unédic qui pousse à cette dérive: "Un système efficace serait celui où l’Etat décide des critères d’indemnisation et où les partenaires sociaux gèrent la caisse. Or, actuelement, ce sont ces mêmes partenaires sociaux qui prennent les décisions et gèrent la suite de ces décisions. L’Etat, lui, se contente de faire les gros yeux". Et de garantir le déficit toujours croissant.

 

À LIRE AUSSI

Image
Une agence Pôle emploi à Nantes.
Pôle emploi : la fraude atteint 89 millions d'euros
La fraude détectée par Pôle emploi est en hausse constante depuis 2011. Sur les 9 premiers mois de l'année 2014, l'organisme de gestion des allocations chômage a détec...
28 novembre 2014 - 18:49
Société
Image
Une file d'attente à Pôle emploi.
Gironde : la dette d'un chômeur échelonnée sur 26.000 ans par Pôle emploi
Un homme qui devait rembourser un peu plus de 3.000 euros de trop-perçu à Pôle emploi a reçu un avis d'échelonnement s'étalant sur plus de 26.000 ans.Un Girondin de 26...
30 mars 2015 - 15:09
Société

L'article vous a plu ? Il a mobilisé notre rédaction qui ne vit que de vos dons.
L'information a un coût, d'autant plus que la concurrence des rédactions subventionnées impose un surcroît de rigueur et de professionnalisme.

Avec votre soutien, France-Soir continuera à proposer ses articles gratuitement  car nous pensons que tout le monde doit avoir accès à une information libre et indépendante pour se forger sa propre opinion.

Vous êtes la condition sine qua non à notre existence, soutenez-nous pour que France-Soir demeure le média français qui fait s’exprimer les plus légitimes.

Si vous le pouvez, soutenez-nous mensuellement, à partir de seulement 1€. Votre impact en faveur d’une presse libre n’en sera que plus fort. Merci.

Je fais un don à France-Soir

Dessin de la semaine

Portrait craché

Image
Mélenchon
Jean-Luc Mélenchon, un désillusionné à la quête de sa VIe République
PORTRAIT CRACHE - De l'UNEF à la fondation de La France Insoumise, le chemin politique de Jean-Luc Mélenchon est un véritable tourbillon de dissidences, de réactions ...
18 mai 2024 - 16:30
Politique
Soutenez l'indépendance de FS

Faites un don

Nous n'avons pas pu confirmer votre inscription.
Votre inscription à la Newsletter hebdomadaire de France-Soir est confirmée.

La newsletter France-Soir

En vous inscrivant, vous autorisez France-Soir à vous contacter par e-mail.