Procès de Valérie Bacot: la partie civile réclame une condamnation pour l'exemple

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Procès de Valérie Bacot: la partie civile réclame une condamnation pour l'exemple

Publié le 24/06/2021 à 18:42 - Mise à jour à 18:44
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Auteur(s): Par Loïc VENNIN - Chalon-sur-Saône (AFP)
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La partie civile a réclamé jeudi une condamnation pour l'exemple, mais sans exiger de peine précise, à l'encontre de Valérie Bacot, jugée devant les Assises de Saône-et-Loire pour l'assassinat de son mari violent et proxénète.

"Il faut qu'il sache que le crime n'est pas la solution, quelles que soient les difficultés extérieures", a plaidé Béatrice Saggio en parlant d'Erwan (14 ans), le dernier des quatre enfants de Valérie Bacot, qu'elle représente en tant que partie civile.

"Tout le monde ne peut être que bouleversé par les abominations" que Valérie Bacot a subies, a ajouté Me Saggio, reconnaissant que Daniel Polette, son mari qu'elle a tué d'une balle dans la nuque, était "un sale type".

Mais "il est indispensable pour la construction (d'Erwan) que la loi passe, qu'il soit convaincu que le crime commis par sa mère n'était pas la seule solution", a estimé l'avocate, sans pour autant réclamer une peine précise.

Plus tôt dans la journée, des experts se sont succédé à la barre pour expliquer l'impasse dans laquelle se trouvait Valérie Bacot et qui l'a conduite à tuer son mari violeur et violent, le 13 mars 2016.

"Aucune échappatoire n'est laissée au sujet aliéné. La seule possibilité est de détruire le sujet aliénant", a déclaré Denis Prieur, expert psychiatre qui a entendu l'accusée après l'assassinat de son mari Daniel Polette, alors âgé de 61 ans. Valérie Bacot, 35 ans à l'époque, encourt la perpétuité.

Décrivant un "syndrome de la femme battue", le médecin a souligné qu'elle était une "marionnette", "soumise à l'emprise totalitaire de ce tyran domestique" qui l'a violée dès l'âge de 12-13 ans, quand il était encore son beau-père.

L'emprise n'était pas seulement "dominante" mais "permanente", explique l'expert. "Elle n'avait plus réellement de libre arbitre: elle a peur car son mari était toujours dans sa tête", indique-t-il.

De ce fait, "elle n'avait pas la possibilité du recours à la loi": "il n'y a plus d'autre possibilité que de le faire disparaître", ajoute le psychiatre.

Mardi durant les débats, l'avocat général, Éric Jallet, avait considéré au contraire qu'il y avait "d'autres solutions que de tuer un homme", comme de porter plainte.

- Syndrome de Stockholm -

"Elle sait très bien ce qui va se passer" si elle porte plainte, a estimé jeudi M. Prieur, qui rappelle les menaces de mort que Valérie Bacot a subies de son mari. "Il est tout le temps présent, même quand il n'est pas là", ce qui pousse Valérie Bacot dans une "impuissance acquise".

Porter plainte n'était "pas possible", renchérit Laurence François, psychologue. "Elle était surveillée en permanence", rappelle-t-elle.

Valérie Bacot souffrait du "syndrome de Stockholm" où on "finit par tolérer et même s'attacher" à son bourreau, croit l'experte.

Évoquant le premier viol de Mme Bacot par Daniel Polette, alors qu'elle n'était qu'une jeune adolescente, Mme François rappelle qu'elle s'était "débattue et avait eu mal: elle a donc compris que, si elle ne se débattait pas, elle aurait moins mal".

"C'est le syndrome victimaire: on trouve un compromis d'acceptation pour ne pas avoir encore pire", dit Mme François.

La défaillance de la justice a pu également décourager Valérie Bacot de porter plainte. "C'est une faille de notre société", s'est offusqué Denis Prieur en commentant l'étonnant retour de Daniel Polette au foyer familial où vivait Valérie Bacot, en 1997 dès sa sortie de prison, où il avait pourtant été incarcéré pour l'avoir violée à 12-13 ans.

"La loi n'a servi à rien", a estimé Mme François. "Il est puni et il revient!".

Selon M. Prieur, pour que Mme Bacot tue son mari, il aura fallu "le déclic" intervenu quand sa fille Karline, à 14 ans, lui a confessé que son père (Daniel Polette) lui avait demandé comment elle était "sexuellement".

Mme François explique elle que Mme Bacot s'est alors dit "qu'il allait s'attaquer à elle" et "cela a été un électrochoc".

Verdict attendu vendredi.

Auteur(s): Par Loïc VENNIN - Chalon-sur-Saône (AFP)

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