Le Groenland aux urnes avec l'indépendance en ligne de mire

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Le Groenland aux urnes avec l'indépendance en ligne de mire

Publié le 24/04/2018 à 04:00 - Mise à jour à 04:46
© Christian Klindt Soelbeck / Ritzau Scanpix/AFP
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Auteur(s): Par Camille BAS-WOHLERT - Copenhague (AFP)

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L'indépendance du Groenland est au coeur des élections mardi au Parlement local de ce territoire autonome danois riche en ressources naturelle mais sous-exploité, menacé par le réchauffement et les affres sociales de sa population en majorité autochtone.

Depuis 2009, le Groenland est très largement indépendant dans sa politique économique tandis que les fonctions régaliennes, comme la monnaie, et la politique étrangère et de défense restent du ressort de Copenhague.

Surtout, le gouvernement danois maintient sous perfusion cette île immense recouverte de glace aux trois quarts, et qui ne compte que 55.000 habitants pour une superficie quatre fois supérieure à la France.

Or si la Constitution danoise reconnait le droit à l'autodétermination de l'île, une sécession la priverait des 3,6 milliards de couronnes (483 millions d'euros) que lui verse le gouvernement central chaque année.

Une manne qui représente près de 60% de son budget et explique le dilemme des indépendantistes: s'affranchir sans s'appauvrir.

Avec un PIB de 2,2 milliards de dollars en 2015, le Groenland indépendant serait le pays le plus pauvre d'Europe avec San Marin.

- Absence de calendrier précis -

Parmi les sept partis en lice, six sont favorables à l'indépendance et certains veulent y accéder dès 2021, anniversaire des 300 ans de l'occupation danoise. La majorité ne donne pas de calendrier précis.

D'après les enquêtes d'opinion, Inuit Ataqatigiit (IA), formation gauche-verte, devrait sortir victorieuse des élections à l'Inatsisartut, le parlement de l'île qui compte 31 sièges.

Le dernier sondage publié vendredi le crédite de 31% des intentions de vote devant son grand rival, le Siumut, d'obédience sociale-démocrate qui domine la vie politique groenlandaise depuis 1979, actuellement au pouvoir.

Crédité de 27,4% des intentions de vote, il pourrait se retrouver dans l'opposition mais un électeur sur quatre est indécis.

Ces deux grands partis s'affrontent sur l'utilisation des ressources et l'exploitation de l'uranium, à laquelle le parti Inuit, plébiscité par les jeunes urbains, s'oppose.

L'unique formation anti-indépendantiste, le parti de la Coopération, ne recueillerait que de 2,9% des votes.

Selon Aaja Chemnitz Larsen, du parti IA, avant de parler calendrier, il faut penser gros sous.

"Les investissements étrangers vont être essentiels pour le développement de la société groenlandaise", explique la députée. Son parti les veut diversifiés, le Groenland suscitant aussi bien les appétits occidentaux, russes que chinois du fait de sa position stratégique dans l'Arctique.

Mais le gouvernement de Copenhague aurait, en l'état actuel de ses relations avec Nuuk, son mot à dire s'il estimait que ces investissements menaçaient sa politique étrangère et de sécurité.

- Des atouts économiques -

Même si cela ne suffit pas à assurer une prospérité durable, "le développement économique des dernières années a été plutôt bon, l'industrie de la pêche s'en est bien sortie (...), l'emploi augmente et le chômage est bas", relève Torben Andersen, professeur d'économie à l'Université d'Aarhus et président du Conseil économique du Groenland.

La pêche, qui représente 90% exportations groenlandaises, peut bénéficier provisoirement du changement climatique quand il permet la diversification des prises.

Pour financer sa souveraineté, le territoire ne manque pas d'atouts, "notamment dans les minerais", note Mikaa Mered, professeur d'économie et de géopolitique à l'ILERI à Paris, spécialiste de l'Arctique. Cependant "il souffre d'un problème d'infrastructures et de manque de main d'oeuvre".

Le tourisme peine à décoller alors qu'il explose en Islande voisine.

Au Groenland, la participation électorale est élevée, autour de 70%, chez les 40.000 électeurs.

Pour Heidi Moller Isaksen, une secrétaire de direction de 51 ans résidant à Nuuk, la rupture avec le Danemark est un objectif à long terme.

"Bien sûr que je veux l'indépendance un jour, mais nous devons être réalistes et y aller progressivement", explique-t-elle.

"Nous ne pourrons jamais être indépendants tant qu'il y aura autant de problèmes sociaux", estime-t-elle.

En proie aux convulsions que l'on observe chez d'autres communautés autochtones tiraillées entre tradition et modernité, le Groenland affiche un des taux de suicides parmi les plus élevés du monde, un pour mille habitants en moyenne, et un tiers des enfants sont victimes d'abus sexuels.

En outre, le réchauffement a renforcé le phénomène d'exode depuis les villages isolés vers les quelques villes, relève M. Mered.

Il "bouleverse la culture groenlandaise: perte d'intérêt des jeunes pour la pêche et la chasse traditionnelles, difficultés de déplacement en traîneau d'un village à l'autre, modification des calendriers de présence des animaux sauvages et de leurs zones de chalandise", énumère le chercheur.

Auteur(s): Par Camille BAS-WOHLERT - Copenhague (AFP)


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Des affiches électorales dans les rues de Nuuk, minuscule capitale d'une immense île, le 19 april 2018.

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