"BlacKkKlansman": l'humour noir de Spike Lee (critique)

  •  Soutenez l'indépendance de FranceSoir, faites un don !  

"BlacKkKlansman": l'humour noir de Spike Lee (critique)

Publié le 21/08/2018 à 07:13 - Mise à jour à 21:26
©UPI
PARTAGER :

Auteur(s): Jean-Michel Comte

-A +A

CRITIQUE – Dans son dernier film "BlacKkKlansman" qui a obtenu le Grand Prix au Festival de Cannes, le réalisateur américain Spike Lee raconte l'histoire vraie du premier policier noir à avoir infiltré le Ku Klux Klan dans les années 70. Il le fait avec suspense et militantisme, mais aussi avec humour.

SORTIE CINÉ – "J'ai infiltré le Ku Klux Klan". C'est le sous-titre du film de Spike Lee BlacKkKlansman, qui sort ce mercredi 22 août sur les écrans français trois mois après avoir remporté le Grand Prix du Festival de Cannes, récompense n°2 du palmarès juste après la Palme d'or.

Infiltrer le KKK, oui, et alors? Pas mal d'enquêteurs et de policiers l'ont fait. Sauf que là, il s'agit d'un Noir: le film raconte l'histoire vraie de Ron Stallworth, premier policier noir à avoir réussi cette mission périlleuse au début des années 70.

Le rôle est interprété par John David Washington, le fils de Denzel Washington. L'agent Stallworth entre dans la police de Colorado Springs (centre des États-Unis) et son arrivée dans une équipe presque exclusivement blanche provoque le scepticisme, voire l'hostilité de la plupart de ses collègues.

Mais Stallworth ne baisse pas les bras et, soutenu par son chef, se met en tête d'infiltrer le Ku Klux Klan pour l'empêcher de prendre le contrôle idéologique de la ville. Au téléphone, il se fait passer pour un extrémiste suprémaciste militant pour une Amérique blanche, contacte les principaux dirigeants locaux du KKK dont leur grand chef, David Duck.

Mais, après les coups de téléphone, il y a les rendez-vous et les rencontres sur le terrain avec les militants. Stallworth y envoie alors son collègue blanc et juif Flip Zimmerman (Adam Driver), qui se fait passer pour lui. A eux deux, ils vont mener l'enquête et tenter notamment de déjouer une opération meurtrière en préparation…

Le film de Spike Lee prend son temps pour installer l'action, peu à peu. C'est l'occasion, pour le réalisateur américain, d'y inclure pas mal d'humour et même une histoire sentimentale entre le personnage principal et une jeune (et jolie) militante noire. Puis, entre deux séquences de transition, le suspense se met en place et rebondissements de l'histoire et progrès de l'enquête se succèdent.

Mais Spike Lee, tout en adoptant parfois un ton léger et en rendant sympathiques ses deux personnages principaux, ne s'éloigne jamais de son discours militant en faveur des droits des Noirs. Une séquence émouvante met en scène le vieil acteur-chanteur Harry Belafonte (91 ans) racontant à ses proches un lynchage. Et le prologue et l'épilogue du film sont présentés au premier degré, avec rappels de faits réels et images d'actualité évoquant notamment les incidents de Charlottesville en août 2017 (voir ici un rappel des événements).

Lire aussi – Un an après Charlottesville, le mouvement néo-nazi à la peine

Bien sûr Spike Lee condamne fermement la politique et les prises de position de Donald Trump. Mais "ce serait une erreur de se focaliser sur lui", expliquait-il à Cannes dans une interview à Télérama (à lire ici). "Le film, écrit avant son élection, parle de l’ascension de l’extrême droite qui sévit partout dans le monde, et pas seulement aux Etats-Unis. Avec ce film, j’espère avant tout éveiller les consciences, créer un débat autour du racisme, qui est un problème universel. Il ne faut pas rester silencieux, il faut élever la voix".

On a parfois du mal à trouver crédible cette histoire de policier noir ayant infiltré le KKK dans les années 70 (lire ici son interview), et pourtant c'est une histoire vraie. Mais le mérite de l'opération en revient tout autant à son collègue blanc Flip Zimmerman, qui a pris les vrais risques sur le terrain, et le film rend bien compte de ce rôle important qu'il a joué.

A lire aussi:

Festival de Cannes: Spike Lee, cinéaste, militant, pionnier

Mort d'un leader du KKK, condamné dans l'affaire "Mississippi Burning"

Charlottesville: le suprémaciste blanc, James Alex Fields, inculpé d'assassinat

Auteur(s): Jean-Michel Comte


Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.



PARTAGER CET ARTICLE :


Le policier noir (John David Washington) et son collègue blanc (Adam Driver) vont infiltrer le KKK.

Annonces immobilières

Newsletter





Commentaires

-