Le Parlement adopte le dernier budget du quinquennat Macron sous le feu des oppositions

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Par Gregory DANEL - Paris (AFP)
Publié le 14 décembre 2021
Mis à jour le 15 décembre 2021
Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Presse)
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L'hémicycle de l'Assemblée nationale le 9 février 2021 à Paris
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© Ludovic MARIN / AFP/Archives
L'hémicycle de l'Assemblée nationale le 9 février 2021 à Paris
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Le Parlement a adopté mercredi le dernier projet de budget du quinquennat Macron, avec un ultime vote de l'Assemblée où les oppositions ont tiré à boulets rouges sur la politique économique du gouvernement, dans une ambiance de pré-campagne.

Au moment d'entamer la dernière ligne droite vers la présidentielle, gauche et droite ont redoublé leurs critiques, quand la majorité s'est attribuée un satisfecit, encouragée par les bonnes prévisions de croissance (+6,25% pour 2021, +4% pour 2022).

Le projet de loi de finances pour 2022 a été adopté par 142 voix pour, 50 contre et une abstention.

"Nous ne pouvons pas cautionner ce budget de campagne", a cinglé Véronique Louwagie (LR), qui a fustigé un texte "désastreux pour les finances de la France", avec une augmentation de la dette de plus de 680 milliards d'euros sous le quinquennat.

A l'autre bout de l'hémicycle, le communiste Jean-Paul Dufrègne a vu "l'expression de président des riches inscrite de manière indélébile" sur cette législature.

"C'est un budget électoraliste doublé d'un budget de classe", a abondé la socialiste Christine Pires Beaune.

Gauche et droite vont saisir le Conseil constitutionnel. Le Sénat dominé par la droite a lui rejeté par deux fois l'examen d'un budget qui "hypothèque sérieusement l'avenir".

Dans une assemblée où les expressions s'aiguisent à mesure que s'avance la campagne, les "marcheurs" se sont montrés requinqués par ces "entreprises qui embauchent", ces "ménages qui consomment" et un taux d'emploi au plus haut depuis 1975.

Le député LREM Alexandre Holroyd a ainsi fustigé "les Thatcher de pacotille qui écument les plateaux TV" en accusant le gouvernement d'"avoir cramé la caisse", visant explicitement la candidate de LR Valérie Pécresse.

"Il reste beaucoup de choses à faire (...) On ne règle pas 40 ans de décrochage en un quinquennat", a-t-il ajouté.

Après avoir ouvert les vannes de la dépense publique pour sauvegarder l'économie face au Covid, le projet de budget 2022 avait la délicate mission de la canaliser tout en tenant compte de la menace épidémique persistante.

Selon ses prévisions, le déficit sera ramené à 5% du PIB, mais l'endettement du pays atteindra des niveaux record à 113,5% du PIB l'année prochaine - loin des promesses de début de mandat d'Emmanuel Macron, épidémie oblige.

- "Tournée générale" -

Pour le rapporteur général LREM Laurent Saint-Martin, la feuille de route est claire: "le prochain quinquennat sera un quinquennat d'assainissement de nos finances publiques".

En attendant, le gouvernement a multiplié les promesses et annonces en les rajoutant au fil de l'eau de la discussion budgétaire: plan d'investissement France 2030, plan pour Marseille, contrat d'engagement jeune pour les moins de 25 ans, mesures du bouclier tarifaire pour lutter contre la flambée des prix de l'énergie.

204 amendements gouvernementaux ont été adoptés, creusant le solde de l'Etat de 12 milliards d'euros supplémentaires par rapport au projet de loi initial, a mis en avant le président de la commission des Finances, Eric Woerth (LR).

Le gouvernement a construit ce budget "en +live+ au fur et à mesure des évènements", a complété M. Woerth, critiquant les mauvaises manières de Bercy vis-à-vis du travail parlementaire.

"Ca a été une calamité démocratique", a déploré Eric Coquerel (LFI).

Charles de Courson (Liberté et Territoires) a lui particulièrement ciblé les amendements relevant du bouclier tarifaire.

"A la fin de l'open bar, vous nous avez offert une autre tournée générale non-chiffrée", a déploré ce vieux routier des discussions budgétaires, s'inquiétant d'un hypothétique coût de ce bouclier de 12 milliards d'euros pour les finances publiques.

Alors qu'existe une quasi-unanimité pour sanctuariser les budgets des ministères régaliens, l'exécutif a défendu son bilan en affichant les augmentations promises pour l'Intérieur, la Défense, l'Education ou la Recherche mais aussi la Justice.

Au total, l'enveloppe pour les ministères a grimpé de 11 milliards d'euros.

Gouvernement et majorité se sont en outre targués d'avoir allégé la fiscalité des ménages et des entreprises de 50 milliards sur le quinquennat, au grand dam de la gauche qui s'offusque de ces "cadeaux" aux plus riches et au patronat. Autant de banderilles politiques qui annoncent les joutes de la campagne.