Chronique N°53 – « Le décompte mortifère covid de la DGS et de Santé Publique France, ne colle pas du tout avec les chiffres de l’INSEE. Chercher l’erreur ! »

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Chronique N°53 – « Le décompte mortifère covid de la DGS et de Santé Publique France, ne colle pas du tout avec les chiffres de l’INSEE. Chercher l’erreur ! »

Publié le 01/03/2021 à 21:07
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Auteur(s): François Pesty, pour FranceSoir
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Quelle est l’ampleur du surdiagnostic des décès covid ?

Rappelons tout d’abord que les chiffres de mortalité produits par l’INSEE concernent tous les décès des Françaises et des Français, quelque en soit la cause. Nous parlons de mortalité « toutes causes confondues ». En matière de « résultat de santé », il s’agit-là du meilleur critère de choix pour juger de l’intérêt d’une stratégie de dépistage, de prévention, de traitement médicamenteux, chirurgical, etc…

Par exemple, quel serait l’utilité d’une mesure pharmacologique ou administrative qui réduirait la mortalité liée au SARS-COV-2, mais qui en même temps, augmenterait d’autant ou davantage les décès par suicide, cancer, dépression, maladies cardiovasculaire, etc… ?

Alors à côté du décompte macabre égrené chaque jour par la DGS (direction générale de la santé) ou par Santé Publique France (SPF), des décès covid déclarés à l’hôpital, des décès covid de résidents survenus en EHPAD, du détail des décès covid de résidents survenus à l’hôpital (chaque semaine dans le « Point épidémiologique hebdomadaire national » publié par SPF chaque vendredi), il est également pertinent d’analyser les chiffres publiés par l’INSEE.

Quelques éléments pour la bonne compréhension :

Pour ce travail, j’ai adopté le calendrier dit « ISO » (ici), utilisé par le réseau SENTINELLES qui surveille les infections respiratoires aiguës à virus en ville, mais aussi les diarrhées aiguës et la varicelle. En voici un aperçu dans la base de données relationnelle que j’ai créée spécifiquement pour analyser les chiffres de décès de l’INSEE :

Toutes les semaines commencent un lundi et se terminent un dimanche.

Voyons à présent quelles sont les données exploitables mises à disposition du public par l’INSEE. A titre d’exemple, voici un extrait du fichier individuel des décès de l’INSEE pour le mois de janvier 2021, le dernier fichier mis en ligne sur le site de l’institution (ici). Tous les fichiers depuis 1970 sont téléchargeables depuis la page de l’INSEE « Fichier des personnes décédées depuis 1970 » (ici).

J’ai comme il se doit, anonymisé l’extrait en noircissant les noms et prénoms…


Vous pouvez zoomer pour mieux voir cet extrait

Il est possible pour chaque enregistrement de décès de sélectionner sur le sexe de la personne, « 1 » pour les hommes, « 2 » pour les femmes. Pour travailler sur les départements, cela se complique, car il faut extraire les deux premiers caractères du code postal (départements en métropole) ou les 3 premiers caractères (outremer)

La date du décès permet de le raccrocher sur la semaine du calendrier hebdomadaire « ISO » vu précédemment.

Pour réaliser une analyse sur l’âge des personnes décédées, il est nécessaire de calculer l’âge à partir des dates de naissance et de décès. Ce n’est pas aussi si simple qu’il n’y parait…

Personnellement, j’ai été amené à ajouter 3 champs calculés aux champs natifs du fichier brut téléchargé :

- L’âge (nombre réel)

- Le département (qui permet un regroupement sur les nouvelles régions françaises)

- Le délai de déclaration du décès (en nombre de mois écoulés)


Comme tous les décès survenus le mois « n » ne sont pas déclarés au mois n, mais parfois des années plus tard, il est nécessaire de réactualiser chaque mois la base de données en triant les nouvelles déclarations sur la date du décès et en les comptabilisant sur la semaine correspondante

Dès ma chronique N°3 (ici) j’avais souhaité comparer la mortalité toutes causes pendant la pandémie de covid19 avec les 4 dernières épidémies de syndromes grippaux. Raison pour laquelle j’ai délimité ma période d’analyse entre le 31 octobre 2016 et le 31 décembre 2020. Soient sur une base d’analyse hebdomadaire, 218 semaines, avec 7 pics de mortalité objectivés dans le graphique suivant :

Pour tracer cette courbe, cela n’a l’air de rien, mais il m’aura fallu compiler 4 fichiers annuels de décès individuels INSEE (2016 pour la partie courant du 31 octobre au 31 décembre, 2017, 2018, 2019), les douze fichiers mensuels de l’année 2020, et le fichier de janvier 2021, et donc en tout 17 fichiers, représentants 2.640.617 déclarations de décès. Construire, pour chaque type d’analyse (ex : tous les décédés, selon leur sexe, selon leur tranche d’âge, par département, par région…), les requêtes « création de table », « ajout », et « mise à jour », les modifier pour chaque fichier, et les exécuter…

Ce que nous enseigne ce graphique, c’est que les pics de décès lors de la pandémie de covid19, sont pour le premier (avril 2020), plus haut, et pour le second aussi haut, mais plus épais (novembre 2020) que ceux des 5 pics attribués à la grippe saisonnière. Nous restons quand même dans un ordre de grandeur très comparable…

L’analyse selon le sexe permet de tracer les courbes suivantes :

Le rose dépasse le bleu lors de pics épidémique de syndromes grippaux, alors que dans les creux, c’est le bleu qui est au-dessus du rose. Donc les femmes décèdent un peu plus l’hiver que les hommes (en même temps, leur espérance de vie étant plus grande que celle des hommes, elles sont donc plus âgées). Par contre, nous observons un léger liseré bleu lors des 2 pics covid de 2020, indiquant une très légère surmortalité masculine avec le SARS-COV-2. En revanche, l’été, probablement lors de périodes caniculaires, ce sont les hommes qui décèdent légèrement plus souvent que les femmes.

Il est intéressant de comparer la mortalité des 4 dernières années :

 

L’année 2020 caractérisée par la pandémie de covid19, est la seule au cours de laquelle une moyenne de 7 décès masculins supplémentaires par rapport aux femmes soit enregistrée par jour, soit une augmentation de seulement 0,7%.

Au passage, la surmortalité toutes causes chez les deux sexes en 2020 par rapport à 2019, n’est que de 8% (1.843-1.703)/1.703

Ce constat dénote avec les décès covid déclarés à l’hôpital :

 

Compte-tenu de la prépondérance masculine dans les décès covid 19 à l’hôpital, qui totalisait 26.118 décès chez les hommes au 31 décembre 2020, contre seulement 18.469 chez les femmes, soit une surmortalité de +41% chez les hommes, nous nous attendions à retrouver cette asymétrie dans les chiffres de l’INSEE.

Or, il n’existe pas de différence significative entre les nombres de décès chez les femmes et chez les hommes en 2017, 2018, 2019, comme en 2020 (tests t student) 

Mais les courbes les plus marquantes s’observent lorsque l’on analyse les nombres de décès en fonction des classes d’âges :


N’hésitez-pas à zoomer pour mieux voir

Le graphique suivant illustre aussi l’évidence selon laquelle les 85 ans et plus sont les principales victimes des infections respiratoires aiguës à virus…

 

 

Nous en arrivons au cœur de la problématique qui interroge fortement. Le tableau ci-dessous synthétise les évolutions de la mortalité globale (autre expression synonyme de la mortalité toutes causes) sur l’ensemble de la population française de 2017 à 2020 inclus, selon le sexe, et selon les classes d’âges.


 

 

Intéressons-nous d’abord à la mortalité observée sur l’ensemble de la population française :


Nous avons donc observé en 2020, 54.106 décès supplémentaires par rapport à 2019, soit une augmentation (surmortalité) de +8,5%

Or, les données de Santé Publique France font état de :

- 44.826 décès covid19 déclarés à l’hôpital [1] à la date du 31 décembre 2020 (depuis le 1er mars 2020)

[1] Pour retrouver ce chiffre, il suffit d’aller sur la plateforme en « open data » proposée par Santé Publique France. Elle se nomme GÉODES (ici). Vous cliquez en haut à droite sur le bouton « INDICATEURS ». Dans la fenêtre « CHOISIR DES INDICATEURS », vous cochez la case « par pathologie » puis vous cliquez sur le « C » en dessous à gauche. Vous sélectionnez « COVID-19 », puis « Données hospitalières », vous descendez dans la liste et cliquez sur « Nombre cumulé de personnes décédées par sexe et vous choisissez « Hommes et femmes ». Vous cliquez alors sur le bouton en haut « SYNTHESE », puis complètement à droite de l’écran sur le bouton « ACTIONS » avec lequel vous sélectionnez « Exporter ». Dans la fenêtre qui s’ouvre à gauche de l’écran, vous choisissez le format de fichier souhaité (personnellement, j’utilise le tableur Excel). Vous ouvrez le fichier d’export de données Excel® cliquant sur « OK », et dans la feuille de calcul « Graphiques » vous retrouverez les données sur la ligne 293, à la date du 31/12/2020 : 44.826

- 19.613 décès de résidents covid+ survenus en EHPAD, chiffre arrêté à la date du 27/12/2020 (à retrouver dans le « Point épidémiologique hebdomadaire national » du 31/12/2020, voir page 19 dans le tableau 2 de « SURVEILLANCE DANS LES ETABLISSEMENTS SOCIAUX ET MEDICO-SOCIAUX (ici)). Le nombre de décès de résidents covid19 en EHPAD à la date du 31/12/2020 n’est pas disponible. Mais, le « Point épidémiologique hebdomadaire national suivant, daté du 7 janvier 2021 (ici) donnait le chiffre pour le 3 janvier 2021, dans le même tableau, page 21, à savoir 20.126 décès de résidents covid-19 survenus en EHPAD. Nous pouvons donc estimer, en rajoutant la moitié des décès survenus entre les deux dates, qu’au 31/12/2020, 19.613+(20.126-19.613)/2 = 19.870 résidents covid-19 étaient décédés en EHPAD,

Il faut également tenir compte d’une estimation réalisée le 26 avril 2020 par 2.400 médecins généralistes adhérents au syndicat MG-France qui avaient évalué à 9.000 le nombre de personnes covid-19 dont le décès était survenu à leur domicile (ici). Cette estimation, faut-il le noter, est vraisemblablement très inférieure à la réalité. Il n’y a pas eu d’actualisation de ce chiffre. La DGS et Santé Publique France n’en n’ont donné aucun.

Donc, au total et à minima : 44.826 + 19.870 + 9.000 = 73.696 décès attribués au covid-19 en France au 31 décembre 2020

C’est-à-dire que nous aurions eu en 2020 près de 74.000 décès attribués au SARS-COV-2, soit une surmortalité spécifique au covid, de quelques 20.000 décès en excès de la surmortalité toute causes (données INSEE, bien plus fiables, puisque issue des certificats de décès dont les données sont télétransmises par les mairies directement dans la base INSEE)

Cherchez l’erreur ?

De toute évidence, les 54.000 décès de surmortalité toutes causes, enregistrés par l’INSEE en 2020 par rapport à 2019, sont loin d’être les seuls attribuables au SARS-COV-2. A l’évidence, la déprogrammation des autres soins, chirurgicaux, cardiologiques, oncologiques, mais aussi les répercussions des mesures d’enfermement et de privation des libertés sur la santé psychologique, sont à l’origine d’une surmortalité de nombreuses autres causes.

Il est donc patent que le surdiagnostic de décès covid19 en France en 2020 est très supérieur aux 20.000, estimés par simple soustraction entre les décomptes INSEE et DGS/SPF…

Nous savions que mourir avec le covid ou mourir à cause du covid, ce n’est pas la même chose

Quelle est l’ampleur exacte de ce surdiagnostic de décès attribués au SARS-COV-2 ?

Nul ne le sait.

Les données INSEE sont réconfortantes au moins sur un point. Une baisse de la mortalité a été observée en 2020 par rapport à 2019, chez les plus jeunes.

- La baisse de la mortalité atteint 9,4% chez les moins de 20 ans. Soit près de 500 décès évités en 2020.

- Une baisse chez les Françaises et Français âgés de 20 à 39 ans de -4,4% se traduit par une réduction de plus de 400 décès en 2020 par rapport à 2019.

En revanche, les chiffres de la mortalité sont implacables pour les plus de 65 ans. Avec une surmortalité en 2020, année pandémique, de 9,3 à 10,7% pour les 3 tranches d’âges étudiées, Les 65-74 ans, les 75-84 ans et les 85 ans et +   

Le nombre des décès chez les 75-84 ans est de 50% plus élevé que chez les 65-74 ans. Le nombre des décès fait plus que doubler chez les 85 ans et plus par rapport aux 75-84 ans…

85% des décès s’observent bien chez les plus de 65 ans…

Si l’on tient compte des populations concernées (Pyramide des âges au 1er janvier 2020, encore accessible : ici), nous pouvons faire les constats suivants :

- Les 106.127 décès en 2020 de personnes âgées de 65 à 74 ans, représentaient 1,4% des 7,4 millions de personnes appartenant à cette classe d’âge, soit 1 personne sur 71,

- Les 150.762 décès en 2020 de personnes âgées de 75 à 84 ans, totalisaient 3,7% de la classe d’âges (4,1 millions), soit une personne sur 27,

- Les 315.803 décès en 2020 observés chez les 85 ans et plus, ont concerné 13,8% de cette classe d’âge (2,3 millions), soit près d’une personne sur 7…

Nous comprenons ainsi que la mesure indispensable qui n’a pas été prise en France, celle d’isoler strictement les personnes du grand âge pour les protéger, de les héberger en chambre individuelle (ou de cloisonner les chambres doubles à l’aide de plexiglass®), d’interdire les trois repas par jour donnés en salle à manger…

A contrario, il fallait laisser circuler les jeunes et bien portant, qui ne risquent quasiment rien pour qu’ils puissent contribuer à l’acquisition de l’immunité collective. Car nous n’y parviendrons pas avec la seule vaccination. Une vaccination qui n’est pas nécessaire chez les personnes en bonne santé…

Avec 1.270 décès par million d’habitant, la Suède, durement touché en deuxième vague, mais qui n’a pas confiné et rien fermé, reprend du poil de la bête. Elle présente aujourd’hui 12% de mortalité par million d’habitants en moins que la France (1.425 décès par million d’habitants)…

Auteur(s): François Pesty, pour FranceSoir

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