Feuilleton des Incohérences, épisode 4: Social - Service public – La Poste

Auteur(s)
Caroline Porteu, pour FranceSoir
Publié le 22 juillet 2022 - 16:44
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Timbre poste
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RICCARDO MILANI / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
"Nous pouvons nous poser la question de savoir si la Poste est encore un service public."
RICCARDO MILANI / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

TRIBUNE - Le 21 juillet, une annonce assez exceptionnelle de La Poste fait la une des médias dont RMC a même fait un sujet d’audience télévisuelle.

Le supposé service public dénommé La Poste vient d’annoncer la suppression des courriers prioritaires (timbre rouge) qui sera remplacé par Internet et la notion de « e-lettre rouge ».

Théoriquement, un service public s’adresse à tous les Français et résidents ou non-résidents sur le territoire français.  C’est même sa définition : « Le deuxième principe d’organisation du service public est l’égalité devant le service public ». Le troisième est l’adaptabilité : « Il s’agit davantage d’assurer au mieux, qualitativement, un service ».

Nous pouvons donc nous poser la question de savoir si la Poste est encore un service public.

À cette question, la réponse donnée par le gouvernement est très claire :

« Le contrat d’entreprise État – La Poste 2018-2022 a été signé le 16 janvier 2018, après dix mois de négociations et de consultations.

Il lie l’État à La Poste pour la bonne exécution des quatre missions de service public confiées par la loi à celle-ci :

1.    le service universel postal (courrier et colis),

2.    la contribution à l’aménagement du territoire avec le réseau des 17 100 points de contact,

3.    le transport et la distribution de la presse

4.    l’accessibilité bancaire, avec le Livret A distribué par la Banque Postale. »

Le courrier est donc bien un service public qui se doit d’être accessible à tous et à toutes.

Première incohérence

La première incohérence de cette annonce de La poste vient du fait qu’en agissant ainsi, le service courrier n’est plus accessible à tous, même si la Poste continue d’assurer son usage via le timbre vert avec une inégalité dans l’accès et la distribution.

Le chèque urgent ne pourra plus être envoyé en Corse ni dans les DOM-TOM par une personne âgée, car le e-courrier rouge ne donne pas la faculté d’envoyer un chèque qui ne peut être par définition une pièce jointe.

Beaucoup de personnes âgées n’ont pas accès à Internet ou peinent à s’en servir, et les déplacements au bureau de poste peuvent s’avérer compliqués, surtout si la commune dans laquelle ils habitent en est dépourvu, ce qui est devenu assez fréquent.

Deuxième incohérence

 La deuxième incohérence vient de la confidentialité. Une lettre écrite peut nécessiter un certain niveau de confidentialité qui n’est absolument plus respecté par cette nouvelle mesure puisque tous les employés de la Poste en charge de cette transmission auront par définition connaissance de son contenu, y compris des documents annexés, ce qui peut s’avérer très grave, en particulier dans les cas de procédures judiciaires et, par exemple, d’échanges entre avocats et clients.

Troisième incohérence

La troisième incohérence vient des mesures d’économie annoncées.  Il reviendra à la Poste le soin d’imprimer le courrier et de le mettre dans l’enveloppe reçue par le destinataire. Donc il n’y aura en fait aucune économie de papier ni d’enveloppe pour la société. Le coût en question sera juste transféré à la poste qui a augmenté le coût de la e-lettre rouge puisque celle-ci coûtera 1,49 € au lieu de 1,43 € pour la lettre au timbre rouge prioritaire aujourd’hui.

La poste offre quand même un service d’envoi dénommé la lettre turquoise !! Service qui permettra d’envoyer un chèque au prix de 2,95 €, prix variable minimum et adaptable en fonction du poids de la lettre !

Donc, contrairement à ce que raconte le groupe de la Poste, l’impact de la nouvelle tarification ne sera pas nul, en particulier pour les personnes âgées. Il s’agit au contraire d’une augmentation considérable du prix de l’envoi d’une lettre.

Quatrième incohérence

Enfin, et c’est une énorme incohérence de plus : La poste annonce que l’un des paramètres de cette mesure est de réaliser des économies environnementales, ce qui est un mensonge grossier vu l’impact de la croissance de l’économie numérique sur la pollution, la consommation d’électricité, et en particulier la pollution thermique et climatique générée par les data centers (Lire Feuilleton des incohérences, épisode 3: climat, développement durable, pollution, numérique sur ce sujet).

Alors devant cette avalanche d’incohérences et de mensonges, on peut se poser un certain nombre de questions :

Ces décisions sont-elles dues à l’inaptitude totale des technocrates en charge de ces évolutions ? Ou par le plus grand des hasards seraient-ils conseillés par des cabinets de conseils ?  Philippe Wahl nous a donné la réponse le 16 février 2022 !

« Pour définir quelle devait être la stratégie d’implantation de ses bureaux de poste, la maison mère de l’entreprise publique s’est adjoint les services de McKinsey. « Ils nous ont beaucoup aidé. Ils ont travaillé avec la personne du comex qui s’occupe de ce sujet et avec notre structure interne de conseil. Ils nous ont beaucoup aidé parce qu’ils avaient l’expérience du réseau de bureaux de poste italien qui, à la différence de l’Allemagne, est encore très étoffé. Et aussi parce qu’ils ont l’expérience de la grande distribution ou de ses franchises », a expliqué devant le Sénat Philippe Wahl, le PDG du groupe La Poste. »

Cet aveu de Philippe Wahl doit nous faire nous poser une seconde question qui découle directement de la première. Ces décisions qui altèrent profondément la définition française de service public accessible à tous ne vont-elles pas dans le sens d’une privatisation totale de ce qui était auparavant un service public et qui est en train de devenir une entreprise comme une autre, comme nous l’avons déjà vu avec la concurrence que lui font des sociétés comme DHL, Amazon, qui rappelons-le, ne sont pas des sociétés françaises, et qui, de plus, ne paient pas ou ne paient que très peu d’impôts en France, comme ce que fait Amazon...

Une nouvelle affaire Uber ?

Ce sera le sujet de l’épisode numéro 5 sur les incohérences fiscales.

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