La jeunesse dans la rue, le pouvoir n’aime pas ça

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La jeunesse dans la rue, le pouvoir n’aime pas ça

Publié le 11/06/2020 à 10:59 - Mise à jour à 13:41
© Christophe ARCHAMBAULT / AFP
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Auteur(s): FranceSoir

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De Lille à Marseille et de Paris à Bordeaux, force est de constater que les jeunes forment le gros de troupes des manifestations contre les violences policières et le racisme. Serait-ce une des raisons pour lesquelles l’exécutif s’est empressé d’apporter des premières réponses ? 
 
Car d’une manière générale, le pouvoir n’aime pas voir la jeunesse dans la rue, tout au moins lorsqu’elle se place dans un élan contestataire. Mettons donc de côté les grandes marches pacifiques pour le climat de mars 2019, qui ont cependant eu le mérite de démontrer la capacité de mobilisation de la jeunesse. 
 
En 2013, lorsque le président s’interrogeait sur les malaises susceptibles d’embraser la société française, il avait prévenu : « Il faudra être très attentif à la jeunesse ». Et quand l’expulsion d’élèves étrangers provoqua effectivement des manifestations, François Hollande avait bien constaté qu’il « suffit d’une étincelle ». 
 
Des manifestations à succès
 
Ce qui l’amena d’ailleurs, à commettre une faute politique, son entretien avec la jeune Leonarda retransmis en direct sur une chaîne d’infos. Sept ans plus tard, des observateurs n’ont pas manqué de mettre en parallèle cet épisode avec l’invitation lancée par la Garde des sceaux Nicole Belloubet à la famille d’Adama Traoré. 
 
Mais pourquoi les manifestations qui rassemblent principalement des jeunes sont-elles craintes par le pouvoir ? 
 
Déclenché par les étudiants, le mouvement de mai 68 est certes resté dans l’imaginaire collectif. Interrogé par bfm.com en novembre 2019, Stéphane Sirot, historien spécialiste des mouvements sociaux avait posé un constat : « Le dernier grand mouvement de mobilisation sociale qui a obtenu satisfaction (…), c’est la mobilisation contre le Contrat première embauche en 2006 ». 
 
« Les rares succès des mouvements sociaux du XXIe siècle reviennent aux mouvements de jeunesse »
 
L’historien parlait aussi, dans cet entretien, du côté spontané des jeunes, et de leur refus de manifestations encadrées de type syndicales, mettant les forces de l’ordre face au défi des débordements. 
 
Le risque de la réponse
 
Mercredi soir à Bordeaux, des jeunes ont renversé les barrières installées devant le commissariat du centre-ville pour en envahir l’esplanade, sans réponse policière. Le contexte et le risque d’une réponse considérée non proportionnée expliquent sans doute ce laisser-faire. 
 
« Le pouvoir politique n’accepte pas toutes les formes de participation des jeunes », a écrit le chercheur autrichien Manfred Zentner dans un article de la revue « Focus ». 
 
« Que cela plaise ou non aux adultes, les jeunes choisissent eux-mêmes leurs formes de participation et d’engagement »
 
Et ce n’est pas, en priorité, le vote, confirme la sociologue Anne Muxel. L’auteure du livre « Politiquement jeunes », paru aux Editions de l’Aube, qui remarque qu’un tiers des 18-24 ans ne s’est pas rendu aux urnes en 2017, alors qu’un sur deux déclare avoir déjà manifesté. 
 
Dans un contexte « de très grande défiance vis à vis du système politique », la chercheuse du CNRS estimait dans un entretien accordé à 20 Minutes en 2018 que « le temps de la jeunesse est propice à la contestation, soit de la société, soit de l’ordre établi ». 
 
En ce printemps 2020 tout particulièrement, le pouvoir marche sur des œufs. C’est une jeunesse subissant « une violence sociale très forte », pour reprendre les mots de Stéphane Sirot, mais libre de ses mouvements du fait de la crise sanitaire et donc susceptible d’occuper la rue souvent et longtemps, qui manifeste pour une cause mondiale. Une cause qui appelle des réponses nationales, beaucoup plus complexes que le retrait d’un projet de loi par exemple. 

Auteur(s): FranceSoir


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