Point sur les sabotages d’infrastructures numériques en France

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FranceSoir
Publié le 17 décembre 2021 - 17:08
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Antenne 5G
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Malgré le pourcentage non négligeable d’opposants, le gouvernement fait du déploiement de la 5G un pilier de sa stratégie numérique
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Le premier avril dernier, France Inter rapportait un bilan de 174 infrastructures télécoms endommagées en un an, sabotées ou incendiées. Antennes-relais, câbles… le bilan réalisé par le média en ligne Reporterre est légèrement inférieur en raison du manque de sources. Le site comptabilise 140 infrastructures endommagées en deux ans, qui témoignent d’une diffusion de la méfiance envers les nouvelles technologies, contre le déploiement de la 5G et la généralisation de l’utilisation sans limite d’Internet. Certaines personnes choisissent donc l’action illégale pour prendre les choses en main et tenter d’en finir avec les équipements qui permettent les connexions.

Une révolte profonde contre les dérives d’une France de plus en plus connectée

Pour mieux comprendre ce phénomène, Reporterre publie un dossier complété par une carte qui répertorie les 140 sabotages identifiés ces deux dernières années. La carte distingue les sabotages en fonction de la nature des actes commis : soit contre les antennes, la fibre optique ou armoires électriques, soit contre le matériel d'entreprise (comme à Toulouse, où quatre camionnettes d’une entreprise d’installation de fibre optique ont été incendiées).

Manque de transparence sur le nombre exact de sabotages par peur de l’effet boule de neige

Pour arriver à recenser les 174 sabotages signalés par un rapport interne du ministère de l’Intérieur, Reporterre a demandé à avoir accès à ce document privé, mais le ministère de l’Intérieur n’a pas souhaité le communiquer. Le nombre réel de sabotages reste donc inconnu par manque de transparence, et les chiffres mentionnés par les entreprises de télécommunications laissent penser que le nombre est bien supérieur à l’estimation mentionnée par le ministère. Les opérateurs et les autorités sont très prudents quant à ces actions, par peur de motiver davantage de citoyens mécontents à rejoindre le mouvement. « Il s’agit même plutôt de ne pas trop ébruiter ces éléments afin d’éviter de donner des idées à certaines personnes », a expliqué Ariel Turpin, le délégué général de l’Avicca (l’Association des villes et collectivités pour les communications électroniques et l’audiovisuel). Orange par exemple, aurait subi 130 attaques en deux ans, dont 61 sur des sites de téléphonie mobile. Environ une antenne par semaine est la cible de vandalisme, révélait en septembre Cyril Luneau, directeur des relations avec les collectivités locales du groupe Orange.

Mobilisation démocratique ou “terrorisme numérique” ?

Dans un sondage IFOP publié en septembre 2020, pas moins de 20 % des personnes interrogées se disaient favorables à la destruction des antennes-relais 5G. Malgré ce pourcentage non négligeable d’opposants farouches, le gouvernement fait du déploiement de la 5G un pilier de sa stratégie numérique. Alors que les acteurs de l’industrie des télécommunications se disent gravement touchés par les pertes économiques que ces sabotages représentent, et n’hésitent pas à parler de « terrorisme numérique » (comme c’est le cas de Vincent Cuvillier, le président de l’Association française des opérateurs d’infrastructure de téléphonie mobile), d’autres acteurs trouvent ce phénomène plutôt compréhensible. Stephen Kerckhove, de l’association Agir pour l’environnement, constate : « Je n’ai aucun étonnement à voir des gens prendre leur clé à molette. À l’instant où les canaux légaux et institutionnels classiques des associations peinent à obtenir des résultats, ça se décale forcément sur du sabotage. C’est une photographie de notre incapacité collective et de l’irresponsabilité du gouvernement. Cela engendre légitimement une rage folle, je comprends que des gens puissent se mobiliser ainsi. » François Jarrige, historien des sciences explique que ce processus de contestation n’est pas nouveau. Il s’est manifesté à chaque période de l’histoire où les choix techniques étaient encore incertains et pas totalement enracinés dans les imaginaires et dans les institutions : les OGM, le nucléaire, mais aussi la voiture, ont déjà fait l’objet de ce type de mobilisation.

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