Travail du dimanche: pomme de discorde entre le gouvernement de Manuel Valls et la gauche de la gauche

Auteur(s)
JmC
Publié le 08 décembre 2014 - 09:02
Image
Crédits
©Christophe Russeil/FTV
Manuel Valls dimanche soir sur le plateau du Journal de 20h de France-2.
©Christophe Russeil/FTV
Manuel Valls l'a confirmé dimanche soir: il est favorable à une extension du travail dominical. A gauche, tout le monde n'est pas d'accord.

Nouveau bras-de-fer en vue entre le gouvernement et la gauche de la gauche. Manuel Valls a confirmé, dimanche soir sur France-2, qu'il était favorable à une extension du travail du dimanche. Le projet de loi sur la croissance et l'activité que son ministre de l'Economie, d'Emmanuel Macron, doit présenter ce mercredi 10 en conseil des ministres, comprendra la possibilité de travailler jusqu'à 12 dimanches par an, contre cinq actuellement.

"Il s'agit, dans la proposition que nous faisons, de passer de cinq à 12 dimanches et cela se fera avec les maires pour permettre aux commerces d'ouvrir", a dit le Premier ministre, reconnaissant cependant qu'il y avait "un attachement au repos dominical", notamment chez les catholiques et les syndicalistes.

Cela ne plait pas à tout le monde à gauche, et "il y aura forcément un débat", a-t-il ajouté. Mais "je pense qu'on peut avancer et trouver les compromis nécessaires, aussi bien avec le Parlement qu'avec la majorité".

Au PS, le Premier secrétaire, Jean-Christophe Cambadélis, avait estimé dimanche après-midi sur France Inter qu'il fallait limiter à sept le nombre de dimanches travaillés: "Mon souhait, c'est qu'il soit maximum aux alentours de sept, mais que l'on réduise très fortement le nombre de dimanches que l'on avait mis dans la loi (...). Il faut, sur ces questions, qu'il y ait des compensations qui n'étaient pas dans le texte au point de départ".

La maire socialiste de Paris, Anne Hidalgo, elle, est carrément contre. Après son élection, en juin, elle avait confié à Bernard Gaudillère, ex-adjoint aux finances de Bertrand Delanoë, une mission d’information et d’évaluation (MIE) sur "Le travail dominical et nocturne à Paris". Composée de 9 élus de gauche (PS, PCF, EELV et PRG) et de 6 élus de droite (UMP et UDI), cette mission a procédé à 130 auditions et vient de lui remettre son rapport, et celui-ci n'est pas favorable à l'extension du travail du dimanche dans la capitale.

Etendre le travail dominical à Paris aurait des conséquences sociales et commerciales  "lourdes" et les créations d’emplois attendues ne sont pas démontrées, conclut globalement le rapport. "Environ 20 à 25 %" des commerces travaillent déjà à Paris ce jour-là "et couvrent la totalité des besoins de la vie courante", dit le rapport, qui ajoute que "force est de constater que les arguments économiques en faveur d’une ouverture dominicale plus large ne sont pas concluants".

S'appuyant sur ce rapport, Anne Hidalgo redoute notamment les effets de l'ouverture sur le commerce de proximité, sur la vie familiale ou la participation à la vie associative, et sur les conditions de travail des employés du commerce, en grande majorité des femmes (70 à 80%). "Il faut défendre le modèle du dimanche à Paris", a-t-elle lancé samedi sur France-3 et dans Le Parisien/Aujourd'hui en France, rappelant sur Twitter que 71.200 salariés travaillent déjà le dimanche dans la capitale.

Le Front de gauche, l’intersyndicale du commerce Clic-P (opposée au travail du dimanche) et plusieurs associations de gauche ont organisé jeudi 5 à Paris une réunion publique sur ce sujet. "La généralisation du travail du dimanche est toujours présentée au nom de la liberté de consommer partout à n’importe quel moment, au nom de la relance économique. Mais il faut parler de l’impact sur les conditions de vie et de travail des salariés, sur les petits commerces, sur le vivre-ensemble", a notamment déclaré Didier Le Reste, élu communiste à Paris et animateur du Front des luttes au sein du Front de Gauche.

A droite, les élus parisiens sont globalement en faveur de l'extension du travail du dimanche. Nathalie Kosciusko-Morizet, chef de file de l’UMP dans la capitale, propose par exemple que "tout Paris soit une zone de liberté d’ouverture du dimanche".

Le projet de loi que présentera Emmanuel Macron en conseil des ministres ce mercredi 10 sera débattu à l’Assemblée nationale en janvier pour un vote fin janvier, puis au Sénat en mars 2015.

Dans un récent sondage BVA publié vendredi 5, six Français sur dix (62%) se disent favorables à l'ouverture des magasins le dimanche. Mais ils sont tout autant (60%) opposés à l'idée de travailler eux-mêmes ce jour-là, sauf s'ils bénéficiaient de contreparties importantes, comme le doublement de leur salaire et un repos compensateur.

 

 

Soutenez l'indépendance deLogo FranceSoir

Faites un don