Israël : face à Omicron, la quatrième dose est-elle un échec ?

Israël : face à Omicron, la quatrième dose est-elle un échec ?

Publié le 24/01/2022 à 19:25
JACK GUEZ / AFP
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Auteur(s): FranceSoir
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Au centre médical Sheba en Israël, une étude révèle un niveau de protection beaucoup plus faible du vaccin face au nouveau variant Omicron. Un constat qui remet en cause l’utilité d’administrer la « quatrième dose ». 

Rappel des faits

C’était le bon temps... Israël, premier pays à vacciner, premier pays à célébrer sa victoire sur le virus en mars-avril 2021. À cette époque, plusieurs scientifiques dont le professeur Cyrille Cohen, croyaient que le pays était aux portes de l’immunité collective tandis que toutes les unités dédiées au Covid fermaient les unes après les autres. Hervé Bercovier, professeur de microbiologie à Jérusalem déclarait : « Miraculeusement, nous obtenons des taux de protection, d’efficacité dont on ne rêvait pas pour d’autres vaccins ».

Au début de l’été, avec l’arrivée du variant Delta, l’épidémie était repartie avec force. Pour répondre à cette flambée, une troisième dose dite "booster" avait été décidée. Cependant, cette troisième dose n’avait pas empêché le pays d’enregistrer un grand nombre de contamination et une mortalité importante.

Face à Omicron, la stratégie vaccinale fragilisée

Cinq mois plus tard, l’enthousiasme n’est plus le même, et la confiance dans le vaccin est largement entamée. La situation épidémique n’est pas bonne, puisque qu’Israël se classe parmi les pays qui enregistrent le plus grand nombre de contaminations.

Cette situation n’a cependant pas provoqué de remise en question des autorités qui viennent de dégainer la même stratégie vaccinale, à ceci près que cette quatrième dose est réservée aux personnes immunodéprimées, aux soignants et aux personnes de plus de 60 ans.

Le 21 décembre le premier ministre israélien a twitté: « Israël va devenir le premier pays au monde à administrer le quatrième vaccin COVID-19. Le premier groupe éligible sera constitué des personnes âgées de plus de 60 ans et du personnel médical. »

Malgré les déclarations de confiance en la vaccination de la part des politique, le doute s’est installé face à ce dernier rappel. Le 5 janvier, lors de son passage au journal de France 2 en France, le professeur Cyrille Cohen, membre du comité Covid au ministère de la Santé, faisait part de certaines réticences. Ne jugeant pas la quatrième dose nécessaire pour tous, il a déclaré :

« Vous savez, on n’injecte pas du jus d’orange. C’est un vaccin, et donc ce qu’il faut prendre en compte, c’est que si aujourd’hui on n’a pas suffisamment de recul et de preuves qu’il y a une nécessité à ce vaccin, et de l’autre côté une innocuité à ce vaccin, je crois qu’il faudrait attendre un peu ».

L’étude de l’hôpital Sheba de Tel-Aviv

Face à cette situation, des scientifiques ont mené une étude à l’hôpital Sheba de Tel-Aviv afin de vérifier l’efficacité et la nécessité de cette nouvelle injection.

Si l’étude n’a pas encore été publiée, le professeur Gili Regev-Yochay, experte en maladie infectieuse a tenu des propos mitigés quant à l’administration d’un nouveau rappel.

"Nous constatons une augmentation des anticorps, plus importante qu'après la troisième dose", a précisé le Pr Regev-Yochay. "Cependant, nous voyons beaucoup de personnes infectées par Omicron qui ont reçu la quatrième dose. Certes, un peu moins que dans le groupe témoin, mais toujours beaucoup d'infections… Le vaccin était excellent contre les variants Alpha et Delta, mais il n’est pas suffisant pour le variant Omicron », a-t-elle déploré.

Des réponses qui laissent de très nombreuses questions en suspens. À cela, s’ajoute le problème d’une étude effectuée sur une très petite cohorte de personnes puisqu’il y aurait quelque 150 participants, des employés de Sheba qui ont reçu des quatrièmes injections Pfizer le mois dernier. Il faut néanmoins ajouter 120 autres personnes qui ont reçu une dose de Moderna après trois doses de Pfizer. Cependant, les essais pharmaceutiques se font généralement sur des milliers de personnes dont les résultats sont suivis pendant des mois, ce qui n’est pas le cas ici.

L’étude n’a pas encore été publiée et les informations révélées par Mme Regev-Yochay ne sont que le résultat de recherches préliminaires. Elle a cependant indiqué qu’elle avait choisi de divulguer certaines données en raison de l’intérêt du public. Elle a au passage laissé entendre que la campagne actuelle de vaccination qui propose le vaccin aux plus de 60 ans, devrait quelque peu être modifiée pour n’inclure que des groupes encore plus âgés.

Réagissant à cette étude, Cyrille Cohen a souligné que si les taux d’anticorps peuvent constituer un indicateur raisonnable du risque d'infection, l'évaluation des formes graves est beaucoup plus complexe. En effet, le taux d’anticorps ne peut être l’unique élément à prendre en considération. « La protection contre les maladies graves implique d'autres composants immunitaires tels que les cellules T, et comme la réactivité de ces dernières n'est pas mesurée, il est difficile de dire comment cela se passera pour différentes personnes." a-t-il déclaré.

Par ailleurs le professeur Cohen regrette que cette étude se concentre sur le personnel hospitalier qui est jeune et dont la réaction à l’infection peut être très différente à celles de patients plus âgés et plus vulnérables.

Tandis que de plus en plus de scientifiques ont exprimé leurs doutes quant à cette politique vaccinale, la déclaration d’Albert Bourla, PDG de Pfizer est venue un peu plus troubler la stratégie israélienne. Sur la chaine américaine CNBC, le 10 janvier, Albert Bourla a déclaré qu’il ne savait pas si une quatrième dose était efficace et que c’est quelque chose qui devait être testé. Puis, semant un peu plus le trouble, il a annoncé qu’un nouveau vaccin destiné à cibler le variant Omicron sera prêt en mars.

Plus surprenantes encore, les dernières déclarations du professeur Cohen répondant à un journaliste du média alternatif Unherd. Reconnaissant que le vaccin fonctionne mal sur Omicron, ce dernier s’est montré favorable à la levée du passeport vaccinal, un outil qui n’est plus pertinent aujourd’hui, et il espère de meilleurs vaccins pour prévenir de la transmission. Favorable à un vaccin nasal, il reconnaît qu’aujourd’hui, « le virus immunise mieux que le vaccin ». Des déclarations quelque peu tempérées par un tweet du 22 janvier, dans lequel il déclare : "Comme pour la varicelle, le virus peut mieux immuniser que le vaccin, mais nous vaccinons quand même pour protéger nos enfants. En résumé : ne vous exposez pas intentionnellement au COVID, faites-vous vacciner pour une meilleure protection."

L’émergence de nouveaux variants et l’augmentation du nombre de cas dans de nombreux pays qui ont fortement vacciné soulèvent de plus en plus de questionnements concernant l’usage et l’efficacité des vaccins, tandis que la multiplication des informations et les résultats qui peinent à se faire attendre font naître beaucoup de suspicions au sein de la population israélienne.

Voir aussi : "Il est temps d'admettre votre échec": le Pr Ehud Qimron charge les autorités israéliennes

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