La police américaine dispose d’un outil de surveillance de masse low cost

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FranceSoir
Publié le 13 septembre 2022 - 18:05
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En utilisant les données de Fog Reveal, la police peut accéder aux informations de localisation beaucoup plus rapidement
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Selon une enquête menée par l’EFF (l'Electronic Frontier Foundation) et l’Associated Press, les services de police d’État et locaux des États-Unis utilisent un outil qui leur permet de suivre la géolocalisation des smartphones sans besoin d’avoir un mandat.

Suivre les mouvements des citoyens grâce aux données des applications comme Waze ou Starbucks

Une société américaine, créée par deux anciens hauts fonctionnaires du Département de la sécurité intérieure sous l'ancien président George W. Bush, utilise les données de ciblage publicitaire d'applications populaires telles que Waze, Starbucks et des centaines d'autres qui ciblent les publicités en fonction des mouvements et des intérêts d'une personne.

Comme le détaillent des documents obtenus par les journalistes, cet outil appelé "Fog Reveal" est capable de rechercher des milliards de localisations (15 milliards de géolocalisations par jour) à partir de 250 millions d'appareils mobiles, pour compiler une grande base de données. Associée à Venntel, Inc., un courtier en données qui travaille également avec les services de police, il permet de déduire des informations privées des utilisateurs de mobiles, comme l’adresse de leur domicile et d’autres indices qui aident à révéler l’identité des personnes.

Utilisé dans le cadre des enquêtes criminelles

Avec Geofence, qui exploite le GPS et d'autres sources pour suivre un appareil, accessibles auprès d'entreprises telles que Google ou Apple, cela oblige la police à obtenir un mandat et à demander aux entreprises technologiques les données spécifiques qu'elles souhaitent (ce qui peut prendre des jours ou des semaines). En utilisant les données de Fog Reveal, la police peut accéder aux informations de localisation beaucoup plus rapidement.

Ces données (qui, selon la société, sont anonymisées) permettent à la police d’effectuer une recherche sans besoin de mandat. Dans le cadre des enquêtes, la police se sert de ces informations pour créer un périmètre de sécurité autour de zones spécifiques. "C'est une sorte de programme de surveillance de masse low cost", a déclaré Bennett Cyphers, conseiller spécial à l'Electronic Frontier Foundation, un groupe de défense des droits à la vie privée numérique. En effet, l’outil peut être acheté par les forces de police au prix abordable de 7 500 dollars par an, et certains bénéficient même d’un accès partagé.

Pour Matthew Broderick, associé directeur de Fog Reveal, cet outil vient combler un vide technologique des forces de l’ordre : “Les forces de l'ordre locales sont en première ligne dans les affaires de traite et de personnes disparues, mais ces départements sont souvent en retard dans l'adoption de la technologie (...) Nous comblons un vide pour les départements sous-financés et en sous-effectif", a-t-il déclaré.

Un manque de régulation de l’utilisation des identifiants publicitaires

Aux États-Unis, nombreux sont les courtiers en données (“data brokers”) qui offrent à leurs clients des identifiants publicitaires, ce qui permet aux data scientists de retracer la localisation d’un utilisateur. Malgré ces garanties de confidentialité, les dossiers montrent que les forces de l'ordre peuvent utiliser les données de cet outil comme indice pour trouver des informations d'identification. Malgré le fait qu'aucune d'information personnelle ne soit liée au numéro de l'identifiant publicitaire, il est possible de les déduire. La Federal Trade Commission a récemment assigné Kochava, un courtier de données géolocalisées qui enfreint les règles de la commission.

Les défenseurs de la vie privée considèrent qu'un outil comme Fog Reveal viole précisément le quatrième amendement de la Constitution américaine, qui protège contre les perquisitions et saisies abusives. Cependant, selon l'Associated Press, il existe une atmosphère de secret entourant cet outil, ce qui empêche la transparence concernant ses modalités d’utilisation et la plupart des organismes utilisateurs. Selon la loi des États-Unis, dans des “circonstances exigeantes”, la police bénéficie d’une dispense de mandat lorsqu'un crime en cours met en danger des personnes ou un agent. L'utilisation par le gouvernement des données de localisation pose également des problèmes dans le cadre des enquêtes pour traquer les personnes ayant consulté des centres d’avortement.

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