Venezuela: les pénuries changent le régime alimentaire des habitants

  •  Vous appréciez FranceSoir, soutenez son indépendance !  

Venezuela: les pénuries changent le régime alimentaire des habitants

Publié le 18/08/2016 à 12:47 - Mise à jour à 16:00
©Schneyder Mendoza/AFP
PARTAGER CET ARTICLE :
Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP
-A +A

Les pénuries alimentaires au Venezuela s'intensifient. Pour fair face, les habitants n'ont d'autre choix que de s'adapter.

Il n'y a plus de farine de maïs, ingrédient essentiel des fameuses "arepas", crêpes typiques du Venezuela? Qu'importe, on y mettra de la betterave! Face à une crise qui n'en finit pas, les habitants du pays sud-américain ont appris la débrouille.

Alors que ces crêpes y sont aussi indispensables que le pain dans d'autres pays, Margarita Monge, couturière de 65 ans, a dû apprendre à contourner les graves pénuries alimentaires frappant le Venezuela, dont l'économie s'est effondrée avec la chute des cours du pétrole, sa principale richesse.

Désormais, elle cuisine "avec ce qu'il y a".

Pour remplacer la farine, elle glisse dans sa recette de la patate douce ou des carottes. Ces arepas nouvelle version "sont délicieuses!" s'exclame Margarita, qui vit à Ocumare, à 70 kilomètres au sud de Caracas.

D'autres y mettent du manioc, du potiron ou de la betterave. Car comme elle, beaucoup de Vénézuéliens adaptent leurs plats traditionnels -souvent à base de riz et de haricots, ces derniers étant désormais hors de prix- face aux rayons vides des supermarchés, dans ce pays qui importe quasiment tous ses aliments.

Depuis deux mois, un groupe Facebook réunit ceux voulant échanger des recettes avec des ingrédients alternatifs. Il compte déjà 74.000 membres.

"Cela a été comme lancer une allumette sur un tas de feuilles mortes, ça a pris très rapidement car nous sommes tous dans la même situation", raconte l'un des créateurs du groupe, Richard Hernandez, 58 ans.

La pénurie d'aliments au Venezuela -mais aussi de médicaments- atteint un niveau dramatique: 80% sont manquants selon l'institut Datanalisis, ce qui crée une "angoisse collective", explique M. Hernandez, dont l'initiative veut apporter un certain "soulagement".

Des "Arepas", crêpes typiques du Venezuela, cuisinées avec des bananes plantains, à Caracas le 16 août 2016. Pour pallier la crise, on adapte les plats avec des ingrédients alternatifs

Avec un peu d'ingéniosité, "on se rend compte qu'on n'a pas à dépendre des produits industriels", les plus difficiles à trouver.

L'autre créateur du groupe Facebook, Vladimir de Chelminski, 37 ans, admet que désormais, pour "bien manger au Venezuela", il faut "ou beaucoup d'argent, ou beaucoup de créativité, ou faire la queue pendant six heures" face aux magasins.

Même en trouvant l'ingrédient que l'on cherche, il faut encore affronter la pire inflation au monde, à 180,9% en 2015. Selon le Fonds monétaire international (FMI), elle s'envolera à 720% cette année.

Le président socialiste Nicolas Maduro attribue le problème à la chute des recettes pétrolières et à une "guerre économique" menée par les milieux d'affaires et l'opposition pour le déstabiliser.

Et il nie que la population ait faim, rappelant que l'an dernier, le pays a reçu une distinction des Nations unies pour ses efforts dans ce domaine.

Fin 2015, le ministère de l'Alimentation assurait qu'en 16 ans de pouvoir, le chavisme (du nom de l'ex-président Hugo Chavez, 1999-2013) a réduit de 84,4% la proportion d'habitants ayant faim.

La crise a pourtant bien modifié le régime alimentaire des Vénézuéliens: entre 2014 et 2015, la consommation de poulet a chuté de 80 à 69% chez la population, celle de viande a baissé de 75 à 60%, selon une enquête réalisée par plusieurs universités du pays.

Et 12,1% des personnes interrogées avouent ne plus faire que deux repas -voire moins- par jour.

Selon l'Observatoire vénézuélien de la santé, en moyenne chaque habitant a perdu trois à cinq kilos cette année, souligne le nutritionniste Pablo Hernandez.

Margarita, qui ne mange pratiquement plus que des légumes, en a perdu 12. Il y a un mois avec son mari, elle s'est contentée pendant trois jours de jus de corossol, un fruit exotique dont elle a un arbre dans son jardin.

"On ne trouvait rien, on n'avait pas d'argent", se rappelle-t-elle.

Sur internet, des recettes originales émergent: pour remplacer le café, on propose une infusion de farine grillée. Pour oublier qu'on n'a plus de lait, on remplit le biberon d'eau de riz. On peut, enfin, cuisiner des épluchures de banane qui ressemblent presque à de la viande.

Plutôt que de se désespérer de la situation, Vladimir de Chelminski salue cette inventivité: "Beaucoup de recettes françaises sont nées en temps de guerre, faites avec ce que l'on trouvait. C'est la même chose ici, on est en train d'inventer une nouvelle gastronomie vénézuélienne."

 

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

PARTAGER CET ARTICLE :

Chère lectrice, cher lecteur,
Vous avez lu et apprécié notre article et nous vous en remercions. Pour que nous puissions poursuivre notre travail d’enquête et d’investigation, nous avons besoin de votre aide. FranceSoir est différent de la plupart des medias Français :
- Nous sommes un média indépendant, nous n’appartenons ni à un grand groupe ni à de grands chefs d’entreprises, de ce fait, les sujets que nous traitons et la manière dont nous le faisons sont exempts de préjugés ou d’intérêts particuliers, les analyses que nous publions sont réalisées sans crainte des éventuelles pressions de ceux qui ont le pouvoir.
- Nos journalistes et contributeurs travaillent en collectif, au dessus des motivations individuelles, dans l’objectif d’aller à la recherche du bon sens, à la recherche de la vérité dans l’intérêt général.
- Nous avons choisi de rester gratuit pour tout le monde, afin que chacun ait la possibilité de pouvoir accéder à une information libre et de qualité indépendamment des ressources financières de chacun.

C’est la raison pour laquelle nous sollicitons votre soutien. Vous êtes de plus en plus nombreux à nous lire et nous donner des marques de confiance, ce soutien est précieux, il nous permet d’asseoir notre légitimité de media libre et indépendant et plus vous nous lirez plus nous aurons un impact dans le bruit médiatique ambiant.
Alors si vous souhaitez nous aider, c’est maintenant. Vous avez le pouvoir de participer au développement de FranceSoir et surtout faire en sorte que nous poursuivions notre mission d’information. Chaque contribution, petite ou grande, est importante pour nous, elle nous permet d'investir sur le long terme. Toute l’équipe vous remercie.




Le pays doit faire à une hyperinflation dramatique.

Newsletter


Fil d'actualités Politique




Commentaires

-