Strasbourg: 30 ans après les faits, l"étrangleur" devant la justice

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Strasbourg: 30 ans après les faits, l"étrangleur" devant la justice

Publié le 17/03/2016 à 13:16 - Mise à jour à 13:17
©Damien Meyer/AFP
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Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP

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A Strasbourg s'ouvre ce jeudi le procès de Nicolas Charbonnier, surnommé l'"étrangleur". L'homme est jugé pour le meurtre en 1986 d'une adolescente de 17 ans et le viol la même année d'une fillette de dix ans qu'il avait ensuite étranglé et laissé pour morte.

Surnommé "l'étrangleur" de Strasbourg, Nicolas Charbonnier, 53 ans, a promis ce jeudi 17 mars de faire toute la lumière devant les assises de Strasbourg sur deux affaires restées longtemps mystérieuses: le meurtre en 1986 d'une adolescente de 17 ans et le viol d'une fillette de 10 ans, laissée pour morte après avoir été étranglée. "Je suis là pour m'expliquer, je vais faire tout mon possible pour répondre à toutes vos questions", a d'emblée promis ce quinquagénaire plutôt maigre au front dégarni, en chemise blanche et pull. Il n'avait que 23 ans à l'époque des faits dont il est accusé.

C'est un coup de chance qui avait conduit les enquêteurs sur sa piste: une empreinte de la paume de sa main, laissée sur le lieu d'un de ses crimes, et inexploitée 27 ans durant. En 2012 une enquêtrice a l'idée de la retourner de 180 degrés avant d'interroger le fichier national des empreintes. Coup de chance: ses empreintes venaient d'être ajoutées au fichier à la suite d'un banal vol dans le sud de la France. Il avait finalement été interpellé en janvier 2013 à Bordeaux, où il vivait depuis les années 1990. "Lorsque j'ai été arrêté ça faisait 27 ans que je gardais le secret en moi, 27 ans que j'avais honte des agressions, surtout du côté sexuel", a-t-il affirmé à la barre.

Devant les policiers, l'ancien militaire a reconnu avoir étranglé avec une cordelette, puis violé la petite Marion V., 10 ans, qu'il avait surprise chez elle dans son sommeil, dans la nuit du 21 au 22 janvier 1986 à Strasbourg. L'agresseur avait quitté les lieux en abandonnant l'enfant inanimée, et avait revendiqué son crime deux semaines plus tard, via un coup de fil anonyme au père de Marion.

"Soulagée" selon son avocat, Me Yannick Pheulpin, que ce procès ait enfin lieu alors qu'elle ne nourrissait "plus beaucoup d'espoir" de voir son agresseur interpellé, Marion V. a été traumatisée à vie par cette affaire. Assise sur le banc des parties civiles, cette femme aujourd'hui âgée de 40 ans affichait ce jeudi un certain calme, trahi par des traits tendus à la lecture des faits reprochés. Elle devrait témoigner vendredi 18 au matin devant la cour d'assises. A ses côtés, Patricia R., 48 ans, devrait apporter dès jeudi après-midi son témoignage sur l'autre crime reproché à l'accusé, qui remonte au 17 mars 1986.

Ce soir-là, un mystérieux agresseur s'introduit dans un appartement strasbourgeois où vivent deux soeurs étudiantes, de 17 et 18 ans. Il surprend d'abord dans son sommeil et tue par strangulation la plus jeune, Martine R., puis tente de tuer sa soeur aînée, Patricia. Mais celle-ci crie et il prend la fuite. L'accusé ne sera cependant pas poursuivi pour avoir tenté de la tuer elle aussi, car ces faits sont aujourd'hui prescrits.

Pour les mêmes raisons, Nicolas Charbonnier ne devra pas répondre des agressions nocturnes commises sur deux étudiantes, en octobre 1985 puis en novembre 1986. Il nie la première, a reconnu la deuxième, mais les deux sont prescrites. Pour l'avocat de la défense, Me Eric Braun, "toute la difficulté dans ce dossier, c'est de savoir comment juger, 30 ans après, un individu qui n'est plus du tout le même".

Interrogé sur son CV ce jeudi matin, il a raconté une enfance où il avait "l'impression d'être invisible" aux côtés de quatre soeurs et trois frères, et un passage en internat catholique marqué par des châtiments corporels et le sentiment d'avoir été "chassé de la maison". Après une expérience brève mais peu concluante dans l'armée sur les traces de son père officier, il multipliera les emplois, devenant tour à tour chef d'équipe dans une usine de clefs USB, déménageur, employé de banque, employé dans une agence de voyage, ou vendeur en intérim.

Il s'est également marié et a une fille de 10 ans. "Depuis tout le temps, je savais qu'on viendrait me chercher", a-t-il raconté. Nicolas Charbonnier devrait être fixé mercredi 23 mars sur son sort. Il risque la réclusion criminelle à perpétuité.

 

Auteur(s): La rédaction de FranceSoir.fr avec AFP


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L'accusé encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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