Vers une méga panne d’électricité

Vers une méga panne d’électricité

Publié le 16/03/2021 à 16:03 - Mise à jour à 17:00
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Auteur(s): Philippe Simonnot, journaliste pour FranceSoir
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Il est étrange que la « note de synthèse » publiée le 15 janvier dernier par France Stratégie ait eu si peu d’écho dans les media. En effet, cette note, intitulée "Quelle sécurité d’approvisionnement électrique en Europe à horizon 2030 ?" fait apparaître clairement que notre pays risque une gigantesque panne électrique dans les prochaines années si la politique énergétique actuelle est maintenue. Il est vrai que le Covid-19 met tout le monde la tête dans le guidon. Mais tout de même !

"France Stratégie" n’est pas une obscure officine d’économistes et de statisticiens en mal de prospective. Cette institution rattachée au Premier ministre a pour objectif le même rôle que feu le Commissariat général au Plan qu’il a remplacé : concourir à la détermination des grandes orientations. Si donc un tel organisme laisse entrevoir la possibilité d’une catastrophe de ce genre, on peut en déduire a minima que les princes qui nous gouvernent ont ou devraient avoir des doutes sur la politique énergétique qu’ils sont en train de mener.

Qu’est-ce qui permet à France Stratégies d’être aussi alarmiste ? Tout simplement ceci : la part croissante d’énergies « intermittentes » dans notre mix (pour reprendre le jargon actuel) de production d’électricité nous fait courir le risque d’une rupture brutale d’approvisionnement dans certaines circonstances.

Rappelons les données du problème que la Fée Electricité nous pose :

1) Les énergies tirées du vent ou du soleil sont intermittentes dans la mesure où elles ne sont pas disponibles par temps calme (éoliennes) ou la nuit (solaire).

2) L’électricité n’est pas stockable dans l’état actuel de la technique sauf à un coût prohibitif.

3) Donc, les énergies intermittentes doivent être complétées par des énergies dites « pilotables », telles que celles que l’on tire de nos bonnes vieilles centrales au charbon, au fuel, au gaz, nucléaires et hydrauliques, dont on peut augmenter ou réduire la production en appuyant sur un bouton.

Du fait de l’accroissement de la part de l’éolien et du solaire dans notre mix électrique, cette complémentarité sera de plus en plus difficile à assurer, ce qui risque de déstabiliser le réseau électrique jusqu'à tomber dans une panne complète.

Comme le rappelle Marc Fontecave dans son dernier et excellent ouvrage[1] , « le fonctionnement d’un système électrique repose sur un principe fondamental : la production doit s’adapter en temps réel à la demande ». Si on ne respecte pas cette contrainte, c’est-à-dire si on n’a pas assez d’énergies pilotables disponibles pour compléter minute par minute la diminution, voire l’absence des énergies intermittentes, la fréquence du courant électrique sort de sa norme (50 Hz), et « très vite, certains équipements se mettent en sécurité en se déconnectant du réseau et, par une réaction en chaîne, on peut arriver au black-out total, au chaos ».

On dira que le réseau français n’est pas isolé, et que si une panne menace, on peut s’approvisionner auprès de nos voisins. Problème : ces voisins, nommément l’Allemagne et la Belgique, suivent un chemin identique, et même ont précédé la France dans l’arrêt des centrales nucléaires. Par conséquent, la méga panne que l’on peut redouter ne sera pas seulement française mais européenne.

C’est exactement le constat que fait France Stratégies dans sa note de synthèse : « La stabilité du système, nécessaire pour éviter son effondrement en cas de demande supérieure à l’offre, ne pourra être assurée que par des importations, rendues difficiles car nos voisins ont des marges de plus en plus négatives, cela pour les mêmes raisons de course aux énergies renouvelables et de suppression de capacités pilotables, ou par le redémarrage de centrales thermiques (gaz et charbon). »

En février dernier, on a pu avoir un avant-goût de ce qui nous attend. La Suède, engagée dans un mix très écolo (développement des énergies renouvelables, en particulier de l’éolien, et arrêt des centrales au charbon et au nucléaire), s’est vue contrainte par la météo de remettre en marche une vieille centrale au fioul à Karlshamn et d’importer de l’électricité produite, chez ses voisins du Sud, l’Allemagne, la Pologne, la Lituanie, par des centrales à charbon, les plus nocives pour l’environnement !

De même, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont subi des quasi black-out respectivement les 21 avril et 23 mars 2020, en pleine crise du Covid, les gestionnaires de réseau s’étant trouvés à court de moyens permettant de conserver l’équilibre du système. La France elle-même a manqué de vent au début de janvier 2017 où le facteur de charge des parcs éoliens a été ponctuellement de 1 %, mettant en danger tout le système.

Nos experts auraient pu citer aussi le drame qu’ont vécu en février dernier les quelque 5 millions de foyers au Texas qui ont subi des ruptures de courant à cause d’un mix énergétique trop intermittent.

Au vu de tous ces éléments, France Stratégies se risque à cette prévision : dès 2030 et vraisemblablement à une date plus rapprochée, si les tendances actuelles se maintiennent, les seuls moyens pilotables ne seront pas en mesure de satisfaire toutes les demandes de pointe d’électricité imposées par la météo, alors même que l’offre des intermittents de l’énergie ne sera pas à un niveau suffisant.

Conclusion : le gouvernement doit revoir sa copie le plus vite possible, étant donné l’inertie de tout système énergétique.

 

 

[1] Marc Fontecave, Halte au catastrophisme ! Les vérités de la transition énergétique, Flammarion 2020.

Auteur(s): Philippe Simonnot, journaliste pour FranceSoir

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