Déni occidental, manipulation de l’information  : exemple de l’Ukraine (partie 1)

Auteur(s)
Catherine Roman pour France-Soir
Publié le 09 octobre 2023 - 16:33
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Fake News
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Jorge Franganillo - Unsplash
S'agissant des "fact-checkers", il faut comprendre qu’il y a beaucoup d’argent en jeu et que les services secrets sont susceptibles de décrédibiliser ceux qui critiquent les médias mainstream.
Jorge Franganillo - Unsplash

OPINION - L'analyste de la stratégie de guerre et de la désinformation Michel Collon vient de publier son dernier livre : Ukraine, la guerre des images. Cet ouvrage offre une grille de compréhension qui permet de revisiter d'une manière critique le discours officiel relayé par les médias mainstream, notamment au sein des pays de l'OTAN. Et compte tenu de la conjoncture, entre opération russe en Ukraine et difficultés économiques occidentales, il y a matière à penser.

Avant de commencer toute analyse, il est important de distinguer la propagande de la désinformation. Les informations diffusées par certains médias russes se concentrent sur les éléments qui jouent en défaveur de l’Ukraine. Mais les informations données - surveillées par la communauté internationale - sont généralement factuelles, même si non exemptes parfois d'une volonté propagandiste, banale en temps de guerre. 

Une différence apparaît ici cependant avec certaines sources produites par le régime de Kiev : celles-ci tiennent justement de la désinformation, lorsque leur objectif est de fourvoyer l'opinion publique avec des éléments faux. Par exemple, lorsqu'il s'agit de faire passer pour un missile... une cheminée de toit.

Il faut également préciser qu’être critique envers les politiques et les médias occidentaux ne veut pas dire systématiquement être pro-russe.

Désinformation occidentale : causes et moyens

En fait, les États-Unis et leurs très proches alliés n’acceptent pas la nouvelle situation qui est en train de se créer, avec un monde multipolaire et le changement du rapport de force international.

Beaucoup de nations ne supportent plus colonialisme et néo-colonialisme, les ingérences et la politique du plus fort. À ce titre, on fait croire au public occidental des faits déformés, d’où une bataille de l’information qui fait rage.

Dans ce cadre, on ne peut pas laisser les élites occidentales générer l’information. C’est aux citoyens d’aller eux-mêmes chercher les informations ; confronter les points de vue, vérifier, interroger et faire circuler l’information.

Au début du conflit, les médias occidentaux ont diffusé à grande échelle des informations sur des barbaries russes. Or, comme le montre Michel Collon dans son livre, certaines images et photos ont été créées exprès pour accompagner un "récit", un "storytelling" ukrainien anti-russe.

Comment distinguer le faux du vrai ?

Faute de temps, un spectateur moyen n’a pas forcément envie de chercher à la fin de sa journée de travail l’information... Il va réceptionner ce que les autres souhaitent qu’il comprenne.

En fait, les gens doivent être conscients que toutes les guerres menées par les États-Unis et leurs alliés sont précédées et accompagnées par les médias mainstream qui peuvent servir de relais dans le but de propager de la désinformation pour vendre la guerre.

En réalité, ils vendent la guerre comme ils vendraient une voiture ou un produit sanitaire. Car le système médiatique occidental n'est plus indépendant. Pour distinguer le faux du vrai au sein des médias mainstream avec ses propres moyens, il faut alors appliquer une grille de lecture et analyser les informations en connaissant les cinq principes majeurs de la propagande de guerre :

  • Cacher les intérêts économiques en expliquant que les interventions sont organisées pour garantir la démocratie, lutter contre le terrorisme ou défendre le droit des femmes, etc.
  • Occulter l’histoire coloniale. Quand on s’intéresse aux guerres civiles et aux conflits qui se produisent au Moyen-Orient, en Afrique, en Asie centrale, en Europe de l’Est et en Amérique latine, on trouve toujours un impact du colonialisme qui a appliqué le diviser pour régner et qui a laissé finalement des bombes à retardement avec des Etats morcelés et affaiblis.
  • Diaboliser l’adversaire en le présentant comme un monstre, un grand danger, un fou, etc., à travers des images sorties de leur contexte, en retenant par exemple des images issues d’un autre conflit, d’une autre époque ou de l’autre camp.
  • Inverser l’agresseur et l’agressé en se présentant comme la victime ou celui qui vient aider.
  • Monopoliser l’information en excluant tout débat possible. Les médias occidentaux présentent les faits comme s’il n’y avait qu’un point de vue dans ce conflit avec l’Ukraine. Or, dans une guerre, il y a au minimum deux avis différents. Et cela vaut pour n'importe partie. Il est nécessaire d’écouter l’ensemble des avis et de chercher les faits derrière les couvertures médiatiques, afin d’essayer de se faire sa propre opinion. Si on a des doutes, il faut au moins reconnaître "qu’on ne sait pas" et qu’il est particulièrement utile d’être prudent dans son jugement.

De l’éducation aux "fact-checkers", en passant par la fabrication de l’ennemi

Au vu de ce qui précède, il faudrait que les écoles proposent une éducation aux médias et au décodage des images. En effet, ce n’est pas parce qu’on a vu quelque chose à l’écran que c’est vrai, de même pour le commentaire qui accompagne les images. 

Au niveau des "fact-checkers", il est nécessaire de comprendre qu’il y a beaucoup d’argent en jeu et que les services secrets sont partie prenante dans les tentatives de décrédibilisation de ceux qui critiquent les médias mainstream. En réalité, le travail des "fact-checkers" est en général de sauver la version officielle de Washington et de Londres. 

L’un des champs de bataille au niveau des médias est la fabrication de l’ennemi. Il existe plusieurs entreprises outre-Atlantique spécialisées dans les relations publiques qui travaillent notamment pour orchestrer l’histoire de la guerre en Ukraine, en vantant le régime et les politiques de Kiev et de Washington.

Quand on a des professionnels qui s’y emploient, il est très difficile de distinguer le faux du vrai, surtout lorsqu’ils vous disent, à l’appui d’images, que l’un est méchant et l’autre gentil. Ce stratagème fonctionne largement sur une grande partie de la population.

Dans le cas de l’Ukraine, il existe beaucoup d’indications selon lesquelles environ 150 agents de communication occidentaux seraient au service du régime de Kiev pour encadrer sa communication.

Pour échapper à cette emprise médiatique, la population doit confronter les différentes versions et vérifier des points précis. Ainsi, les citoyens devraient interroger leurs journalistes sur leurs sources, savoir si elles ont été vérifiées, quelles sont les différentes versions et pourquoi ils n’en parlent pas, etc. Ceci demande une attitude beaucoup plus active de la population vis-à-vis de l’information malgré une vie quotidienne déjà bien remplie.

Du danger de laisser faire et de ne pas s’informer

Le problème majeur est que cette manipulation de l’information se retourne contre les citoyens occidentaux, notamment par le coût exorbitant des armements des pays occidentaux (Etats-Unis et Europe principalement) participant au conflit ukrainien.

Face à la baisse du pouvoir d’achat, des retraites, des problèmes de sous-investissement dans les hôpitaux, les écoles, l’argent qui aurait dû être injecté dans tous ces secteurs de la vie se retrouve consacré à l’achat d’armements. En définitive, la population paye les armes et a donc intérêt à vérifier l’information qui a un impact sur sa vie quotidienne. 

À ceci, s’ajoute le problème de l’immigration massive en provenance d’Ukraine. Celui-ci apparaît d’une part avant la campagne russe, compte tenu de l’extrême pauvreté qui régnait en Ukraine et, d’autre part, après le début du conflit.

Il semblerait, à ce titre, que le gouvernement français favorise l’immigration ukrainienne en France en laissant se pratiquer un dumping social : on la paye moins cher et on la fait travailler dans des conditions de travail dégradées.

Cette immigration importante en nombre de réfugiés n’est bonne pour personne : ni pour les personnes qui doivent quitter leur patrie, ni pour les habitants des pays hôtes qui voient arriver une concurrence sur leur marché du travail et dont le niveau de vie va se dégrader.

La menace nucléaire n’est pas non plus à négliger. En effet, il y a plus de 200 têtes nucléaires américaines situées en Europe et les États-Unis sont le seul pays, rappelons-le, à avoir utilisé l’arme nucléaire par le passé.

Tout ceci est extrêmement dangereux dans un contexte où les États-Unis n’arrivent pas à gagner des guerres conventionnelles, que ce soit en Afghanistan ou en Irak, et pourraient ressentir un sentiment de faiblesse qui conduirait à un acte recourant à la force nucléaire.

GAFAM et information libre

Michel Collon revient sur le fait que l’OTAN dirige Facebook via l’American Council (organe d’influence de l’OTAN), à travers leur partenariat officiel. Ils y indiquent ce qu’il faut bannir, cacher, mettre en avant. De même sur Google et YouTube, la recherche d’une information critique est rendue très difficile et elle se trouve en général reléguée à la fin des propositions, là où personne ne va…

En conclusion, il apparaît que si nous voulons une information libre, il faut se bagarrer pour l’avoir. La mise sous tutelle pernicieuse de la presse croît en proportion des difficultés économiques et sociales du pays.

En 2023, le montant total des aides de l’État à la presse française atteindra 197 millions d’euros, soit +10 % par rapport à 2022. Afin de faire face à cette menace orwellienne, ne faudrait-il pas rétablir les débats et les échanges entre amis et collègues de travail ? Les discussions autour d’un café pourraient avoir de beaux jours devant elles.

Française, Catherine Roman a vécu quelques années en Russie. Elle travaille dans le secteur des chiffres et se passionne pour la géopolitique et l'intelligence économique.

Source annexe : interview de Michel Collon et Irina Dubois (Dialogue Franco-Russe, septembre 2023), dans le cadre de la parution du livre de Michel Collon d’Investig’Action : Ukraine, la guerre des images

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