Et maintenant le vaccin ! Le covidisme ou le coup de grâce des boomers

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François Bonacieux, pour FranceSoir
Publié le 04 août 2021 - 23:28
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Boomers
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"Un égoïste, c'est quelqu'un qui ne pense pas à moi"
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TRIBUNE - La paix, l’emploi, la prospérité, la mobilité, la civilité... La bulle immobilière et la retraite dorée... Ils auront tout eu, tout pris, tout saccagé. Ils auront accaparé la culture sans la transmission, les droits sans les devoirs, la liberté sans la responsabilité... Des soixante-huitards passés "du col Mao au Rotary" aux conservateurs de pacotille qui, de reniement en reniement, ont surtout conservé leurs intérêts... Se mettant tous à l’abri des conséquences de leurs hubris... En passant par tous ceux qui se sont accommodés du détricotage libéral-libertaire de tout ce qu’ils avaient reçu, et ont vogué comme ils ont pu au fil de l’eau, animés par l’impératif de "vivre avec son temps" - cette "injonction d’esclave", disait Denis Tillinac, disparu l'an dernier, qui appartenait à cette génération du baby-boom mais est resté toute sa vie un "Gaulois réfractaire" à ses dogmes et errements.

Ils avaient des siècles de civilisation en héritage et nous laissent une société plus barbare que celle dans laquelle ils sont nés. Au bord de la "guerre civile", quoi qu'en disent les belles âmes qui préfèrent regarder le doigt plus que la lune, surendettée, fracturée, défigurée, terrorisée, en état d’urgence - sécuritaire, sanitaire, climatique...- permanent. Vacillant en somme sur toutes ses fondations fragilisées par leurs choix, leur égoïsme, leur idéologie, leur modes de vie.

Une société se raidissant de plus en plus, à mesure que leur monde se défait, se rebiffe, dans un contrôle technocratique, technologique, idéologique, un totalitarisme du Bien : police de la pensée, de la santé, de la sécurité... 

Mais ce n’était pas encore assez ! Au "Crépuscule des idoles", alors que les leurs ont été fracassées les unes après les autres par le boomerang du réel, il leur en reste une : la santé ! La leur surtout... Ou plutôt "l’idolâtrie de la vie" (Olivier Rey) - la leur toujours... 

Selon la logique transhumaniste diagnostiquée par Jean-Marc Jancovici dans un entretien chez ThinkerView : le refus de la mort, "le problème des gens qui n'ont plus de problèmes"…

Le confinement et la vaccination de masse sont efficaces ! C'est le mantra imposé à la société toute entière. C'est très probablement faux, si l'on considère la population dans son ensemble et que l'on pèse le coût/bénéfice, mais qu'importe, si l'on raisonne par générations, il y en a une chez qui le bénéfice de ces dogmes l'emporte largement... Surprise, c'est encore la génération du baby-boom : leurs parents sont en Ehpad, leurs enfants prennent de plein fouet le coup de massue à leur vie professionnelle, leurs petits-enfants sont privés de cours et de vie sociale, et désormais incités à se faire vacciner, contre toute logique médicale...

C'est cette génération sur qui pesait de loin le plus de risque relatif, rapporté à son espérance de vie, c'est elle qui est la moins gênée par les confinements et la plus susceptible d'avoir un intérêt à se faire vacciner... Bref, c'est elle qui, une fois encore, une fois de trop ?, a phagocyté l'intérêt général pour le sien propre, plombant le présent et le futur - ne parlons pas du "quoi qu'il en coûte" dont leurs descendants pâtiront bien plus qu'eux quand l'addition se présentera ! - des autres générations.

Les "boomers" sont toujours au volant : plus que jamais, ils accélèrent et vont dans le mur, confits dans la sécurité de leurs SUV toutes options avec airbags, et rassurés par leurs assurances en tout genre. Tant pis pour les Gilets jaunes en diesel hors d’âge, les jeunes citadins à vélo ou à trottinette électrique, les fauchés en cars Macron...

Il faut croire que cette génération - ou plutôt l’idéologie dominante de cette génération et qui a déteint sur beaucoup de ses suivantes - n’avait pas laissé assez de déficits... Et pas seulement budgétaires - si seulement ce n’était "que" ça ! Il fallait encore qu’elle remette une dernière couche pour maximiser son espérance de vie, ou plutôt son illusion de le faire, cette dernière ayant pourtant atteint un niveau - un plafond ? - historique... Et qu'elle la maximise donc en hypothéquant celle de tous les autres. 

"Avant moi le délire, après moi le déluge" est leur mantra inconscient, au fond. Tant pis pour "les enfants de personne". Dernier inventaire avant liquidation. Tout doit disparaître ! On brade tout, on bride tout, et on brode toute une morale hygiéniste qui, comble du culot, taxe d’égoïsme ceux... qui sont victimes du leur ! La moindre critique de leur doxa sanitaire est étiquetée "irresponsable" et délétère - mais pour qui l'est-elle ?

C’est le covidisme version Ordre du temple solaire, une sorte de suicide collectif qui, vice ultime, s'impose d'abord à ceux qui n'y croient pas, ou plus ! Comme un accomplissement d’une idéologie, la toute-puissance des enfants gâtés de l'après-guerre qui atteint son point culminant...

Le soleil s’est levé avec eux, croient-ils - touchante candeur... - et au fond, ils "éteignent la lumière" - l'expression des promoteurs de l'euthanasie, ultime pulsion de toute-puissance - avant de partir. Imposant une dernière (?) fois leur joug à une société qu’ils ont largement démolie, dont ils emporteront sans doute la nostalgie dans leurs Ehpad - structures qui incarnent tant de la barbarie de notre temps... quand leur tour viendra. Peut-être pourront-ils y méditer le prix payé par tous pour leur chimérique attachement à la santé, à "la vie" - pas la vraie, mais celle dont ils ont une perception dévoyée.


Alors, on le devine, "boomer" fera bondir : "comment ? Mais non, voyons, pas tous les boomers, pas que les boomers...Bien entendu, plus qu'une génération, le terme, imprécis reconnaissons-le, désigne ici une façon de penser, une idéologie, qui fort heureusement ne concerne pas toute cette classe d’âge, mais qui dépasse aussi largement la génération "boomer" stricto sensu : Emmanuel Macron est à bien des égards davantage "boomer" dans l’esprit (sans parler de son électorat...), malgré ses 40 ans, que des personnes de 70 ans. Quotidien, Konbini, bien qu'ils occupent davantage le créneau de la génération Greta Thunberg que celle de Laurent Alexandre, sont en réalité pour l'essentiel le pur produit et les relais zélés de cette idéologie. On pourrait multiplier les exemples... Et à l'inverse, nombre de personnes de cette génération se désolent et s'insurgent de ce qu'on inflige à la société tout entière. Concédons donc que le terme est en partie impropre.


Reste que cette dimension générationnelle du problème a paru assez effacée du débat public - forcément, lui aussi accaparé par cette génération... Mais, recherches faites, on trouve quand même quelques notables exceptions : Michèle Delaunay, ancienne ministre et auteur du "Fabuleux destin des baby-boomers", qui a soufflé le chaud et le froid :

Martin Blachier, le versatile souffre-douleur préféré de Rémy, de la chaîne "Juste milieu", n'a évidemment pas manqué de s'exprimer sur le sujet :

L'essayiste François de Closets, habitué des pavés dans la mare, y avait été de sa petite sortie aussi :

Le philosophe André Comte-Sponville avait également pris la parole sur ce sujet, inquiet du "panmédicalisme" porté notamment par sa génération, effaré qu'on soit obligé de rappeler que la santé ne peut être la valeur suprême, hissée ainsi au-dessus de la liberté.

L'acteur Patrick Mille avait évoqué dans une tirade inspirée ce malaise : "peut-être que la génération des boomers accepterait, après avoir connu les années fastes, de rester trois mois chez elle, en attendant de se faire vacciner, pour que la jeunesse d'aujourd'hui puisse enfin vivre, les acteurs et musiciens jouer, les serveurs servir, les remontées mécaniques remonter..."

Et puis la plupart des "dissidents" de la doxa covidiste ont évoqué une facette du problème : du côté des invités de France Soir, Fabrice Di Vizio, évoquait  dans son entretien la "toute-puissance" dont il fallait se libérer, la psychologue Marie-Estelle Dupont, dans son "Entretien essentiel", se refusait à toute généralisation abusive, mais ne récusait pas tout à fait cette lecture... À l'inverse, Laurent Alexandre assumait son "Jouissez jeunesse" éponyme sur le même plateau... Tout en étant bien silencieux, lui pourtant adepte de sorties fracassantes, quand il s'est agi de dénoncer les maux infligés à cette classe d'âge par la sienne... Il faut dire qu'il l'invite elle aussi à se faire vacciner ! Michel Maffesoli, plus jeune que bien des... "plus jeunes", dissèque dans "L'Ère des soulèvements" la fin d'une modernité triomphante qui n'est plus une boussole que pour la "caste" aux commandes - qui est largement celle des "boomers", et ne se privait pas de rappeler dans son entretien que "la peur de la mort n’empêche pas la mort, mais empêche de vivre".

Et puis Patrick Buisson - mais c'est un proscrit... - lâchait lors d'une discussion avec Luc Ferry (le Figaro), que "la grande victoire des « boomers » est d’avoir fait de la préservation de leur écosystème durant cinquante ans l’axe de gouvernement du pays."


Le sujet n'est donc pas totalement absent des débats, si l'on ratisse un peu. Mais pourquoi n'a-t-il pas davantage été pris en compte ? C'est sans doute parce que bien des jeunes, génération "d'hyper-adaptés" (Marie-Estelle Dupont toujours), ont subi sans rechigner ces mesures. En serait-on encore là si on avait eu dès la dernière rentrée de septembre, par exemple, des millions d'étudiants dans la rue pour protester contre cet hygiénisme dévastateur ? Si les jeunes parents qui manifestaient cet hiver n'avaient pas été si dénigrés et diabolisés ?

Reconnaissons-le, il y a malheureusement cette dimension assez tragique qui joue aussi : même ceux qui dénoncent cette idéologie "boomer" et tentent d’y résister, de s’en libérer, en sont aussi imprégnés... Et en jouissent également - qui peut se revendiquer totalement épargné ?
 

Espérons que ce cri du coeur contribuera néanmoins à une prise de conscience qu'il y a une autre vie à sauver que celle que le technicisme, le consumérisme et le primat du confort et de la sécurité nous dictent. Après un an et demi où l'on nous a décrété ce qui était "essentiel", par un rouleau compresseur qui nous indiquait comment "être au monde", et alors que la France semble enfin se réveiller, c'est à Rimbaud qu'on est tenté d'emprunter ses mots, au sortir d' "Une saison en enfer" :

"J'ai oublié tout mon devoir humain pour le suivre. Quelle vie ! La vraie vie est absente. Nous ne sommes pas au monde."

Et comme le rappelait Frédéric Vidal, pour être au monde, "il est temps de se souvenir de qui nous sommes". 

Et s'il n'est pas question de s'égarer dans une guerre générationnelle - "seule la fraternité peut nous permettre de retrouver la liberté", rappelait une tribune récente de France Soir, il y a bien une idéologie à combattre et abattre : puissions-nous prendre conscience et faire comprendre que la vraie vie est ici... et maintenant.

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