Campagne de vaccination : recettes secrètes et sorties de route

Campagne de vaccination : recettes secrètes et sorties de route

Publié le 04/12/2021 à 19:26
OLIVIER DOULIERY / AFP
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Auteur(s): Guillaume Palette, pour FranceSoir

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TRIBUNE — Ce début d’hiver voit fleurir sur les réseaux sociaux (Facebook en particulier, notamment chez un public assez âgé) des publications copiées-collées, textes anonymes, présentant des comparaisons hasardeuses et ayant pour but de pousser à la vaccination.

La première, très partagée, est apparue pour la première fois en milieu d’année, nous explique que nous sommes soumis dans notre vie de tous les jours à la consommation de produits dont nous ne maîtrisons pas la composition, et qu’à ce titre il n’y a aucune crainte à avoir de la vaccination, qui de plus permettrait de retrouver la liberté et protéger les autres.

La seconde, un peu plus récente, est une allégorie au pneu hiver, essayant de démonter par l’absurde les inconvénients supposément reprochés à la vaccination par les « antivax ». La troisième est une photo du premier cobaye du vaccin de Pasteur contre la rage, qui eut la vie sauvée.

Au début, la bêtise et le simplisme de ces publications virales m’a amusé, mais depuis peu, voir la fréquence à laquelle elles sont reprises, m’a amené à me poser la question des motivations sous-jacentes qui pouvaient pousser à autant de partages. Sur le fond, d’Avignon…

D'abord, penchons-nous sur la première :

Celle-ci commence par une longue litanie de « je ne sais pas ce qu’il y a dedans » et se poursuit par une liste de « raisons » pour se vacciner. Bien évidemment, il s’agit d’une argumentation totalement fallacieuse, nous savons très bien ce qu’il y a dans l’ibuprofène et dans le paracétamol : de l’ibuprofène et du paracétamol, deux composés isolés et caractérisés depuis plus de 70 ans. Bien évidemment que nous ne savons pas tout ce qu’il y a dans nos shampoings ou nos savons, mais aux dernières nouvelles, on ne se fait pas injecter avec ! Sans aller dans le détail, il est évident que les risques de substances ou de pratiques utilisées depuis plusieurs décennies, à la composition bien connue, sont très largement inférieurs à ceux de substances totalement expérimentales. Mais, surtout, y a-t-il besoin d’une telle pression sociale, politique et médiatique pour faire prendre de l’ibuprofène à quelqu’un qui n’en aurait pas besoin ? Là est la vraie question qui montre l’absurdité totale de ce genre de raisonnement…

On reviendra sur la suite du texte, tout aussi intéressante, qui joue sur des évidences (tout le monde veut vivre le plus longtemps possible) pour amener des prétextes fallacieux à la vaccination, qui ont été infirmés depuis (selon le « consensus » scientifique, le vaccin n’empêche pas la transmission, ne protège pas les autres, et surtout ne fera pas du Covid « un vieux souvenir »).

Passons au second texte :

L’allégorie des pneus hiver. Encore un texte admirablement construit, et massivement partagé sur les réseaux sociaux, en particulier Facebook et Twitter. L’idée est de se moquer ouvertement des antivax en comparant leur raisonnement à un refus de monter des pneus hiver. Sauf que là encore le raisonnement ne tient pas trente secondes : qui voudrait installer des pneus hiver à raison de trois jeux par saison, qui ne préviennent pas les dérapages même sous une petite bruine, et sont produits par une société ayant eu des dizaines de condamnations au pénal pour avoir fourni des pneus dangereux avec un marketing mensonger ?

Enfin, la dernière publication :

Cette dernière publication nous montre que la vaccination, découverte par Pasteur, a sauvé la vie de son premier cobaye, malgré l’absence total de recul. Même si un coup de chance monumental n’est pas une vérité générale, il est vrai que parfois, lors d’une situation à très haut risque et en l’absence d’alternatives, expérimenter un remède risqué est parfois la seule chose à faire : le jeune Joseph, mordu par un chien enragé, avait 100 % de chances de décéder de la rage. Alors que dans le cas de la Covid, avec une létalité passée sous 1 % pour les derniers variants, et environ un pour cent-mille en ce qui concerne les enfants, le risque acceptable pour un traitement, qui plus est préventif (c’est-à-dire qu’on ne sait pas si la personne traitée va être exposée à la maladie) est bien entendu très nettement plus faible. Primum non nocere (en premier, ne pas nuire) mentionne le serment de chaque médecin. Mieux vaut parfois ne rien faire que faire courir un risque inutile !

Oui, mais pourquoi ? Alors maintenant que l’on a vu la faiblesse de leur argumentation, qui ne tient pas cinq minutes en face d’une simple logique et du bon sens médical, pourquoi ces publications sont-elles autant partagées sur les réseaux sociaux ?

Est-ce, comme le suggère leur rédaction, pour convaincre les sceptiques ou encore faire prendre conscience aux antivax des limites (pourtant réelles) de leurs raisonnements ? Cela ne me semble pas raisonnable : en effet, on ne convainc personne en l’agressant et en le stigmatisant de la sorte, c’est-à-dire en essayant de le faire passer pour un idiot. La confiance se gagne-t-elle ne se force pas via le dédain, c’est même l’inverse qui se produit en général. Non clairement, le but poursuivi par une telle démarche, consciemment ou inconsciemment n’est assurément pas envers ceux qui ne sont pas encore vaccinés.

Voir aussi : Coup de trop, coup de maître ou coup d’avance : de l’art de reprendre la main en politique

Il reste donc les vaccinés. Si l’on partait du postulat que chaque vacciné l’est de son plein gré et par la conviction, ces textes n’auraient aucun intérêt, car ils n’apporteraient rien à des personnes déjà sûres de leurs choix. Il se trouve que notre gouvernement a forcé la vaccination de nombreux concitoyens initialement sceptiques, via la pression médiatique, sociale, et du passe sanitaire. Ces textes s’adressent donc avant tout à eux, dans une volonté de les rassurer dans leur choix, et ceux qui les partagent sont eux-mêmes emplis de doutes, à tel point qu’ils se sentent obligés de partager tout argumentaire visant à justifier leur choix de vaccination. C’est l’illustration parfaite du biais rétrospectif !

Le partage massif sur les réseaux sociaux de ces textes n’illustre donc pas la confiance qu’ont les Français dans le vaccin, mais au contraire le doute qu’ils éprouvent et le besoin de se rassurer eux-mêmes de la validité de leur choix de vaccination, en partageant de manière grégaire des argumentaires fallacieux pro-vaccination. Un magnifique exercice d’auto-persuasion collective, avec une cible toute désignée : les méchants antivax. C’est à la fois très inquiétant sur l’état de notre société, et preuve du niveau d’inquiétude immense qui emplit nos concitoyens.

Pour finir, il serait très instructif de connaître la source de ces publications, qui ont pour point commun d’avoir beaucoup tourné dans des réseaux de militants de la majorité présidentielle. Complotiste suis-je ? Enfin, ce n’est pas moi qui ai supposé qu’il puisse y avoir autre chose que du Paracétamol dans le Paracétamol, que les pneus neige empêchent d’avoir des accidents ou encore que la vaccination soit forcément bénéfique dans n’importe quel cas parce qu’elle a sauvé un enfant condamné à mort il y a plus d’un siècle !

Auteur(s): Guillaume Palette, pour FranceSoir

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Si le gouvernement est de bonne foi, pourquoi force-t-il ceux qui sont déjà convaincu par la vaccination ?

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