Vacciner la jeunesse : la métaphore de la guerre

Auteur(s)
Christophe Lemardelé, pour FranceSoir
Publié le 03 janvier 2022 - 14:15
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Enfants Liberté Vaccin 2020
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La guerre implique des sacrifices...
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TRIBUNE — Un jour, un collègue chercheur, spécialiste d’anthropologie physique et préhistorien, m'a demandé mon point de vue concernant un étrange et atroce rituel relaté par Pierre Clastres, qu’il interprétait comme une vengeance, concernant les Indiens Guayaki du Paraguay : le jepy, lorsqu’un chasseur mourait. On tuait alors un de ses enfants, le plus souvent sa fille, pour l’accompagner dans l’au-delà… Chez un groupe apparenté, l’enfant était même piétinée par les hommes dans la fosse du défunt, jusqu’à ce qu’elle décède à son tour.

Cette tribune fait suite à une précédente : « Vaccination : la logique du sacrifice »

Sa question était simple : était-ce un sacrifice ou bien un autre type de rituel ? D’un strict point de vue religieux, il ne peut s’agir d’un sacrifice, car l’enfant n’était offerte à aucune entité supranaturelle. L’anthropologue Alain Testart a longuement écrit sur cette catégorie de meurtres rituels, qui n’ont pour objectif que d’accompagner un défunt. C’est pourquoi il a nommé ces meurtres rituels des « morts d’accompagnement ». Longtemps, je me suis tenu à cette rigueur de définition. Mais d’un point de vue d’anthropologie générale, l'on comprend pourquoi le terme de sacrifice convient bien aussi : dans notre culture chrétienne, il souligne la violence et la cruauté du rite.

Quand on connaît l’histoire, et peut-être plus encore les études des ethnographes, on sait à quel point la violence humaine est inégalable, notamment vis-à-vis des jeunes, des femmes et des enfants. Des groupes de chasseurs-cueilleurs aux sociétés industrielles, on tue plus souvent qu’à son tour. La Grande Guerre, saignant à blanc la France et l’Allemagne, a été un immense sacrifice de jeunes hommes, une véritable hécatombe ! Le terme de « sacrifice » est évidemment employé métaphoriquement, mais chacun comprend bien ce qu’il en est.

Mon collègue chercheur, Bruno Boulestin qui m’interrogeait sur le jepy, a travaillé sur un site archéologique célèbre depuis sa découverte : Herxheim en Allemagne. Il a, avec d’autres, fait la démonstration que pendant environ cinquante ans, pendant la période du Rubané (Néolithique), les habitants de ce lieu ont massacré et ingéré des captifs étrangers. L’hypothèse d’une crise sacrificielle a été évoquée, mais c’est difficile à prouver. Ce ne serait en tout cas pas dans une optique religieuse, plutôt dans celle d’une société devenue folle et canalisant sa violence de cette manière, si l’on accorde une pertinence anthropologique à la théorie de René Girard. Car il ne faut pas tout confondre : la guerre et le sacrifice.

Mais, quand le lexique de la guerre est employé, ce n’est jamais anodin, et il peut sous-entendre une certaine forme de sacrifice : métaphore de la guerre, métaphore du sacrifice, même combat ! Qui défend qui ? Qui se sacrifie pour qui ?

Le mercredi 29 décembre, ravivant le « Nous sommes en guerre » du président Macron et présentant le projet de loi sur le passe vaccinal, le ministre de la Santé a dit que nous étions confrontés à deux ennemis : Delta et Omicron… Si nous ne parvenons pas à comprendre ce qui s’est passé à Herxheim il y a environ 7 000 ans, les hommes de cette époque ne comprendraient sans doute pas non plus notre drôle de guerre contre deux ennemis énigmatiques et invisibles.

Quoi qu’il en soit, la décision est prise : la société doit faire bloc, les jeunes et les adolescents tous vaccinés, la vaccination des enfants enclenchée, tous en guerre contre ces ennemis ! Le ministre de la Santé devient donc ministre de la Guerre, et il s’agit pour ce faire de ne pas négliger les ennemis de l’intérieur… C’est ainsi qu’il importe de mener la vie dure aux quelque cinq millions, dont quatre d’adultes, de pacifistes égoïstes qui refusent le combat. Il y a toutefois un problème. Sans ennemi réel, autre que soi-même, on en vient à accumuler les erreurs, à mettre en danger ses jeunes troupes pour rien…  

Être en guerre contre un ennemi invisible, c’est se payer de mots. C’est emporter l’adhésion de ses troupes pour les mener dans Le Désert des Tartares de Buzzati – les grognards suivent, mais les jeunes ne savent déjà plus pourquoi il faut obéir. C’est la raison pour laquelle il faut les maintenir dans la discipline sanitaire avec le passe vaccinal dès l’âge de 12 ans… L’enrôlement de soldats de plus en plus jeunes dans cette « guerre » montre bien, comme dans les deux guerres mondiales, qu’il est temps de la terminer.

Le général en chef, petit Napoléon, ne sait sans doute plus comment on fait la paix… À Herxheim, il est possible que la société se soit effondrée sur elle-même. Si la violence guerrière peut conduire à la cohésion sociale, cette cohésion ne peut être qu’éphémère. En parlant de guerre quand il ne s’agissait que de soins à faire le mieux possible, les citoyens pourraient bien finir par se rendre compte qu’on a négligé l’infirmerie à l’arrière du front… L’imposture n’a pas trait qu’à une mauvaise utilisation du lexique : elle apparaîtra dans toute la splendeur d’un champ du déshonneur.
 

Christophe Lemardelé est historien des religions anciennes.


Bibliographie sur le sacrifice :

2018 : « Le sacrifice comme ‘mythe scientifique’. De l’importance d’une définition anthropologique », Cahiers d’anthropologie sociale 16, p. 149-158.
2016 : « Le fait religieux sacrificiel comme révélateur de présupposés éthiques et théologiques », Cahiers d’Études du Religieux. Recherches Interdisciplinaires 15 [en ligne].
2015 : « Force et apories d’une théorie. L’anthropologie générale de René Girard », Asdiwal. Revue genevoise d’anthropologie 10, p. 97-110.

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