Télétravail: une fausse entreprise fait travailler plus de 50 personnes pendant six mois, sans les payer

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FranceSoir
Publié le 04 mars 2022 - 18:17
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Pour faire durer l’arnaque plusieurs mois, le chef d'entreprise avait fait accepter à ses recrues de travailler sur commission pendant les six premiers mois.
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Lorsque tout peut se faire virtuellement, les manipulations et arnaques sont courantes dans le monde du travail, et il est parfois difficile d’être sûr de l’authenticité de ce qui est transmis par les réseaux. Des employés peuvent avoir recours à des assistants virtuels qui travaillent à leur place ; de faux appels à candidatures ou offres d’emploi peuvent aussi être diffusés pour voler des données personnelles. Autre exemple des dangers du travail virtuel : une arnaque de grande ampleur révélée par la BBC, dans laquelle un faux patron a créé une fausse entreprise pour faussement embaucher plusieurs personnes en jouant sur leur crédulité. Les employés (vrais cette fois-ci) ont travaillé à distance, mais n’ont jamais été payés…

De faux profils d’anciens salariés créés pour motiver les nouveaux candidats

Il s’agissait d’une fausse agence de design soi-disant “prestigieuse”, qui disait s'appeler Madbird. L’entreprise disait vouloir accueillir de nouvelles recrues pour faire face à son activité en pleine croissance. Des candidats à la recherche d’emploi ont été contactés. Suite à ces démarches, certains ont même quitté leur emploi pour rejoindre Madbird, en raison des promesses de conditions très avantageuses. Pour leur faire croire que l’entreprise était bel et bien en activité, une réunion Zoom était organisée à la fin du faux recrutement, ou l'ensemble du personnel était convoqué. De faux comptes et faux profils participaient à la réunion, pendant laquelle Ali Ayad, l’enthousiaste faux patron, motivait ses troupes, en affirmant souhaiter que tous les participants soient aussi ambitieux que lui.

Plusieurs jeunes demandeurs d’emploi arnaqués en pleine pandémie

Le patron charismatique de Madbird, qui se présentait comme le prochain Steve Jobs à ses employés, a embauché plus de 50 personnes pour occuper des postes de vente, conception et supervision. Les nouvelles recrues travaillaient à distance, communiquaient par email et par visioconférence sur Zoom, ce qui était de tout façon la norme pendant le confinement. Ils n’ont pas soupçonné l'arnaque en raison du contexte particulier de la pandémie et du télétravail. Les salariés passaient leurs journées à présenter l'entreprise à des clients potentiellement intéressés par la création d’un site Internet ou d’une application mobile. L’ambition de la fausse entreprise ne s'arrêtait pas au Royaume-Uni, elle ciblait aussi des candidats à Dubaï, et des personnes originaires d’Ouganda, d’Inde, d’Afrique du Sud et des Philippines ont été embauchées. Elles voyaient cet emploi comme une opportunité unique d’obtenir un visa britannique. La mauvaise blague était donc encore plus cruelle pour ces employés, auxquels on avait promis qu'après de six mois d'essai, s’ils atteignaient leurs objectifs, l’entreprise allait les parrainer pour qu'ils puissent s'installer au Royaume-Uni.

De fausses lenteurs administratives pour expliquer les retards de paiement

La supercherie aurait pu devenir évidente lorsque les salariés se sont rendu compte que leurs salaires n'étaient pas payés à la fin du mois. Mais, pour faire durer l’arnaque plusieurs mois, le chef d'entreprise avait fait accepter à ses recrues de travailler sur commission pendant les six premiers mois, et d’attendre la fin de leur période d'essai pour commencer à recevoir leur salaire, explique la BBC. Aucun contrat n'a jamais été signé et bien évidemment personne n'a été payé.

Le pot aux roses découvert grâce aux fausses photos des bureaux

Certains employés attendaient avec impatience la fin du télétravail pour pouvoir découvrir les bureaux de l’entreprise. Une jeune salariée a ainsi eu l'idée de chercher plus d’information sur Internet et s'est vite aperçue que les photos des bureaux présentées par l’entreprise étaient des photos volées sur Internet. En continuant son enquête, elle a découvert que certains de ses collègues n'existaient pas non plus. Elle a alors envoyé un email pour prévenir ses collègues de la supercherie. Dans un premier temps, le patron de la fausse boite a tout nié, mais très vite, le site web de Madbird a été désactivé, tout comme le profil LinkedIn d'Ali.

Dépression, dettes... les salariés trompés dévastés

Les anciens faux employés de Madbird ont très mal vécu cette arnaque. Certains avaient contracté des prêts pour assumer leurs dépenses pendant leur période d'essai, et après la disparition de l’opportunité, plusieurs sont tombés en dépression. Trois anciens employés ont poursuivi Madbird devant un tribunal du travail, mais même en cas de victoire, leur travail ne sera pas forcément payé. L’ordonnance du tribunal a été rendue contre la société, et non contre Ali Ayad en tant qu'individu. Si l’entreprise est insolvable, le tribunal ne peut pas obliger le patron à payer les salaires.

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