"L'argent, c'est pas mon moteur": le maire de Roubaix jugé avec ses proches pour escroquerie aggravée

"L'argent, c'est pas mon moteur": le maire de Roubaix jugé avec ses proches pour escroquerie aggravée

Publié le 07/10/2021 à 19:31 - Mise à jour à 22:04
© Franck Fife / AFP/Archives
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Auteur(s): Par Béatrice JOANNIS - Lille (AFP)

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Jugé jeudi à Lille avec son clan et celui de son premier adjoint, pour un système frauduleux de défiscalisation via des micro-partis politiques, le maire de Roubaix Guillaume Delbar a plaidé la bonne foi et assuré que l'argent n'avait jamais été son moteur.

"Ça se passe en famille", résume le président du tribunal correctionnel, Jean-Marc Defossez.

Sur les bancs des prévenus, Guillaume Delbar, le maire divers droite de cette ville de 98.000 habitants, réélu en 2020, côtoie, entre autres, son épouse, sa mère, sa cousine, son premier adjoint, Max-André Pick, une autre adjointe, Karima Zouggagh, ainsi que deux fils et l'épouse de M. Pick.

Ils sont poursuivis pour escroquerie en bande organisée. Quatre, dont Max-André Pick et l'épouse de M. Delbar, Caroline, le sont également pour abus de confiance.

Au coeur du dossier, un système créé par Max-André Pick et Pascal Legrand, qui a fait transiter, entre 2015 et 2020, des dizaines de milliers d'euros entre des micro-partis voués à financer des campagnes électorales et des associations fictives.

Les donateurs de ces micro-partis pouvaient défiscaliser les deux tiers des sommes qu'ils leurs versaient mais récupéraient en plus, via des chèques de ces associations "coquilles vides", 85% des montants initialement versés.

Ce système a été mis en place à deux reprises, avec les partis "Vivement demain" puis "Vivre autrement localement", qui ne conservaient que 15% des dons.

Les autres prévenus, dont M. Delbar, répondent de recel d'abus de confiance et auraient bénéficié de ce système.

- "Même pas les codes" -

"Je ne comprends pas ce que vous me reprochez. Vous voulez démontrer qu'il y a un seul système mais j'ai juste des gens de ma famille qui ont été mes premiers supporters politiques", assure, mains derrière le dos, Guillaume Delbar.

"L'argent, c'est pas mon moteur", insiste-t-il, soulignant que sa femme Caroline tenait les cordons de la bourse pour les campagnes. "Je ne connais même pas les codes de mes comptes bancaires".

Interrogée sur 11.0000 euros touchés de l'association Les Amis et Citoyens engagés (ACE) en 2015, son épouse Caroline assure ne pas s'en être inquiétée car elle avait l'habitude de recevoir des remboursements de frais de campagne par Vivement demain. M. Pick lui aurait simplement dit "maintenant, c'est ACE qui rembourse".

Les débats tournent autour d'un repas de famille au cours duquel Mme Delbar aurait convaincu ses proches de financer la campagne de son mari.

Aux président et au procureur qui cherchent à savoir si elle leur a promis le remboursement de leur don, elle s'embrouille en évoquant un remboursement partiel "en échange d'une activité politique" mais sa belle-mère admet ensuite ne jamais être allée coller d'affiches.

- Bonus -

Plus tôt, le premier adjoint de Guillaume Delbar, Max-André Pick, avait assuré avoir cru "de parfaite bonne foi" que le système créé était légal.

"A la première alerte de la commission des comptes de campagne, j'aurais immédiatement arrêté toute activité", a-t-il poursuivi, alors que de nombreux prévenus ont indiqué avoir profité de ce système parce qu'ils lui vouaient une entière confiance.

M. Pick a aussi bénéficié lui-même du système, avec un remboursement de 100%, contre les 85% des autres, un "bonus" s'est amusé le président.

"Je me demande si les gens qui nous gouvernent ont la tête sur les épaules ! Les enfants disent +donner c'est donner, reprendre c'est voler+. Il ne faut pas de longues études pour comprendre qu'un don, c'est un don !" a-t-il lancé, bonhomme, à l'élu, qui est aussi vice-président du département du Nord, chargé des finances.

Un des fils de M. Pick plaide la "naïveté". La cousine de M. Delbar, lorsqu'elle reçoit un chèque de remboursement de son don de soutien à la carrière de son cousin, croit, elle, à "un reliquat de bourse".

En larmes, l'adjointe au maire Karima Zouggagh, qui a créé une des associations-écrans, a revendiqué sa "crédulité", disant avoir cru bénéficier d'une "niche fiscale", dont la légalité était garantie par son "mentor" Max-André Pick.

A l'ouverture de l'audience, les avocats de la défense avaient déposé une Question prioritaire de constitutionnalité, dénonçant une rupture d'égalité liée au fait de poursuivre leurs clients pour escroquerie et non pour fraude fiscale.

Plaidoiries et réquisitions sont attendues vendredi.

Auteur(s): Par Béatrice JOANNIS - Lille (AFP)

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