Samuel Paty "n'est plus" mais nourrit les débats d'un collège lyonnais

Samuel Paty "n'est plus" mais nourrit les débats d'un collège lyonnais

Publié le 15/10/2021 à 12:41 - Mise à jour à 12:44
© PHILIPPE DESMAZES / AFP
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Auteur(s): Par Alexandre GROSBOIS - Lyon (AFP)

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"Il était indispensable, et pourtant il n'est plus": à l'occasion de l'hommage national à Samuel Paty, les collégiens des Battières à Lyon ont échangé vendredi sur la laïcité et la liberté d'expression, un an après l'assassinat de l'enseignant.

Hommage, minute de silence, puis débat en classe. Ce 15 octobre offre l'occasion partout en France de se souvenir du professeur d'histoire-géographie disparu mais aussi d'échanger autour des grandes valeurs de la République.

"Certains ne peuvent pas avoir ces débats à la maison et du coup c'est pas leur opinion, c'est celle de leurs parents qui parle. C'est important d'échanger pour se forger une opinion", salue Corentin.

Cet élève de 4e est ravi de participer à ces échanges dans l'établissement du 5e arrondissement, aux confins de l'ouest résidentiel lyonnais où Samuel Paty fit ses débuts comme enseignant-stagiaire au début des années 90.

Clélia Mazzetti, professeure d'histoire-géographie et d'enseignement moral et civique (EMC), avance qu'"on a le droit de tout critiquer".

Elias, 14 ans, abonde: "C'est une question sensible mais importante. Il y a un an ça m'a choqué qu'un prof puisse être tué juste pour avoir donné un cours, c'est honteux".

"Il faut un minimum de respect", reprend Kylian. L'enseignante approuve: il ne faut "ni insulter, ni diffamer".

Comme ailleurs, les avis divergent parfois au sein de cette imposante bâtisse abritant quelque 500 élèves.

"Les réponses de nos élèves sont réfléchies car on y travaille, c'est enclenché depuis un an, ce qui permet d'être dans l'échange et pas la confrontation", note Mme Mazzetti, 37 ans.

"Nos élèves ont parfois des difficultés à comprendre les limites de la liberté. On lutte au quotidien pour remettre de la connaissance et déconstruire les discours qu'ils entendent à l'extérieur", poursuit-elle à l'issue d'une heure d'échanges dans une classe de 4e menée aux côtés de la professeure principale Valérie Randu.

Cette dernière, enseignante de mathématiques de 54 ans, est fière de cette classe "mixte" qu'elle dit unie et ouverte au dialogue, mais veut prendre soin de ne pas remuer ce qui a pu être un traumatisme pour certains.

C'est une journée "importante pour nous, Samuel Paty a été professeur stagiaire ici", mais "on a déjà parlé des faits, on ne va pas revenir dessus. C'est des adolescents qui sont quand-même très jeunes", expose-t-elle.

Pour autant, souligne Corentin, il est essentiel de "ne pas oublier". "C'est atroce et ça n'a pas lieu d'être, mais ça a quand même été commis".

- "Ce n'est qu'un dessin" -

Parmi les thèmes abordés figurent bien sûr la liberté d'expression, le rôle du professeur, mais surtout la laïcité, pilier de la République et de l'école.

"Il est important d'être capable d'écouter et de comprendre d'autres opinions (...) C'était le message que portait Samuel Paty à ses élèves, c'est le message de l'école", a solennellement déclamé le principal David Salesses face à des collégiens silencieux, grelottant dans la bise matinale avant les cours.

Dans la foulée, Mme Randu a choisi de projeter à ses élèves un hommage de Robert Badinter au "héros".

"La laïcité garantit à tous les élèves un enseignement consacré au seul culte du savoir et de la recherche qui forge les esprits libres et ouverts au monde", dit l'ancien garde des Sceaux dans cette allocution de fin 2020.

La question des caricatures de Mahomet montrées par Samuel Paty n'est pas abordée par les enseignantes mais les élèvent ne rechignent pas à l'évoquer.

"Ce n'est qu'un dessin, à prendre avec beaucoup de recul, mais ce n'est qu'un dessin", expose Corentin. "Selon moi, les professeurs d'histoire ne devraient pas se restreindre à ne plus montrer ce genre de documents, surtout dans un cadre scolaire: ce serait laisser gagner ceux qui ne veulent plus qu'on montre ce genre d'image".

"La liberté d'expression c'est un droit capital de l'homme, on n'a pas à se faire tuer pour s'être exprimé", rebondit Elias au premier rang. "Un prof c'est indispensable, ce prof était indispensable. Et pourtant il n'est plus prof, il n'est même plus du tout."

Auteur(s): Par Alexandre GROSBOIS - Lyon (AFP)

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Cours consacré à Samuel Paty au collège des Battières, à Lyon, le 15 octobre 2021

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