Réforme du collège: le baptême du feu de Najat Vallaud-Belkacem (VIDEO)

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JmC
Publié le 22 mai 2015 - 14:55
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Najat Vallaud-Belkacem.
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©LCHAM/Sipa
Najat Vallaud-Belkacem veut aller vite dans l'application de sa réforme du collège.
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La réforme du collège impulsée par Najat Vallaud-Belkacem a été le sujet principal du débat politique cette semaine. La ministre de l'Education nationale, confrontée mardi 19 à la première grève des enseignants depuis son entrée en fonctions, affirme que la réforme sera mise en place dès la rentrée. Le gouvernement veut aller vite et a déjà publié le décret d'application de cette réforme, ce qui a provoqué de vives réactions à droite.

La semaine qui s'achève a été celle de tous les dangers pour Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Education nationale, en première ligne de l'actualité à propos de sa réforme du collège et qui s'est trouvée confrontée à sa première grève des enseignants.

Dernier épisode en date des polémiques et déclarations sur le sujet, elle a débattu pendant une heure, jeudi soir sur Europe-1 et i>Télé, avec Bruno Le Maire. L'ancien ministre UMP, favorable à la suppression du collège unique au profit d'un "collège diversifié", lui a reproché de faire "le choix de l'égalitarisme" et de vouloir porter "le collège unique à son extrême développement". Elle lui a répondu en dénonçant sa volonté de vouloir instaurer "un collège à deux vitesses" et "sélectionner" les élèves dès 11 ans, et plus généralement en accusant la droite d'avoir, quand elle était au pouvoir,"saccagé l'Education nationale –pour employer un terme parfaitement approprié".

Bruno Le Maire s'est placé cette semaine en première ligne des dirigeants de l'opposition, volant la vedette aux Nicolas Sarkozy, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet et autres François Bayrou qui se sont tous exprimés pour fustiger cette réforme. Même à gauche il y a eu des critiques, notamment de Jean-Luc Mélenchon.

C'est le contenu de cette réforme, mais aussi le passage en force du gouvernement, qui a cristallisé les critiques et les mouvements de protestation.

Sur le premier point, la fin programmée du latin et du grec comme disciplines à part entière, la suppression des classes bilangues, la création d'"enseignements pratiques interdisciplinaires" (EPI), le contenu des cours d'histoire et la plus grande autonomie donnée aux chefs d'établissement sont les principaux sujets qui fâchent.

Sur le second point, le gouvernement a montré sa fermeté en publiant, dès mardi 19 au Journal officiel, le décret de cette réforme. Appuyant leur ministre, François Hollande et Manuel Valls ont, dans la semaine, affirmé à plusieurs reprises que cette réforme devait se faire dès la rentrée prochaine et qu'il fallait aller vite pour former les enseignants.

La publication rapide du décret a notamment provoqué une passe d'armes, mardi à l'Assemblée nationale, entre Manuel Valls et Christian Jacob (voir vidéo ci-dessous). Cette publication "est une honte", a dit le patron des députés UMP, et elle témoigne d'un "double mépris: mépris des enseignants, qui s'inquiètent de l'émergence d'un collège de la médiocrité, mépris également à l'égard de notre assemblée où vous avez refusé la tenue d'un débat démocratique". "La brutalité, en politique, est l'arme des faibles, et publier ce décret cette nuit est un acte politique brutal. Vous le paierez cher", a ajouté Christian Jacob en demandant "l'abrogation de ce décret" et d'un débat à l'Assemblée nationale.

Le Premier ministre lui a opposé une fin de non-recevoir en réaffirmant que cette réforme du collège serait "mise en oeuvre" et que le décret avait été "publié le plus rapidement possible" car il faut "aller vite": "Oui, nous voulons réformer, et c'est la raison pour laquelle nous avons décidé, avec le chef de l'État et avec la ministre de l'Éducation nationale, de publier ce décret, parce qu'il faut aller vite, il faut former les enseignants pour préparer la rentrée 2016".

Et les enseignants, dans tout cela? Ils se sont mis en grève mardi 19 pour protester eux aussi contre certains aspects de cette réforme, notamment l'autonomie accrue accordée aux établissements et l'interdisciplinarité. Un gros quart des professeurs des collèges publics (27,61%) ont répondu à l'appel d'une intersyndicale de sept organisations, selon le ministère de l'Éducation, les chiffres des syndicats indiquant un taux de grévistes plus important.

Les sept syndicats à l'origine de cette grève, qui représentent 80% des voix aux dernières élections professionnels et ont parfois des intérêts et des positions divergentes, ont tiré la leçon de cette journée qui n'a pas été un franc succès. Désireux de ne pas être récupérés par les partis politiques et notamment la droite, ils ont décidé d'appeler à une "journée nationale des collèges" le 4 juin, mais pas à la grève. Pour réaffirmer leur opposition à la réforme, ni défilé ni manifestation ce jour-là mais des assemblées générales, une pétition à faire signer aux professeurs, des heures d’information et des débats avec les parents d’élèves.

(Voir ci-dessous l'échange entre Christian Jacob et Manuel Valls sur la réforme du collège, mardi 19 mai à l'Assemblée nationale):

 

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