Vaccination contre le Sars-CoV-2 : l’abus des mathématiques nuit à la complexité du vivant

Auteur(s)
Xavier Azalbert et Estelle Fougères, pour FrancesSoir
Publié le 05 mai 2022 - 18:40
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Mathématiques.
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L’abus des mathématiques nuit à la complexité du vivant.
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TRIBUNE - Comment faire pour convaincre les non-vaccinés que les vaccins fonctionnent… et en même temps expliquer aux vaccinés de ne pas approcher un non-vacciné parce que les vaccins ne fonctionnent pas ? Tel pourrait être l’intitulé de l’article paru le 25 avril 2022, dans le Canadian Medical Association journal. Mais, pour honorer le travail des chercheurs, nous allons nous efforcer de rester sérieux, ce qui ne va pas être simple.

L’article intitulé Impact du mélange de populations entre les sous-populations vaccinées et non vaccinées sur la dynamique des maladies infectieuses : implications pour la transmission du SARS-CoV-2 affirme que la mise au point du vaccin a été une réussite, "réussite qui ne peut être entravée selon les chercheurs que par les non-vaccinés qui feraient courir un risque d’infection aux vaccinés si ces derniers se mélangeaient à eux."
À partir de cette affirmation, un scientifique objectif ne peut-il pas en déduire que "le vaccin ne protège pas de la contamination"  ?

Pour étayer leur démonstration, les chercheurs écrivent avoir constaté "qu’à mesure que le mélange de personnes semblables augmentait, les taux d'attaque chez les personnes vaccinées diminuaient de 15 % à 10 % (et augmentaient de 62 % à 79 % chez les personnes non vaccinées)".

Un telle affirmation et son raisonnement associé, ne peuvent qu'amener à comprendre l'utilité du passe sanitaire !!

Des modèles mathématiques à l'apparence scientiste

De prime abord, les mathématiques constituent une science puissante pour résoudre les problèmes. Noblesse des courbes, beauté des équations, splendeur des axiomes, semblent assurer la logique du raisonnement. La discipline donne de l’assurance et impressionne ceux qui n’y comprennent rien et qui, de fait, se retrouvent réduits à acquiescer à un raisonnement logico-déductif qui leur est proposé, voire imposé.

Toutefois, l’utilisation des mathématiques peut tomber dans le giron d’idéologues qui vont utiliser cet outil pour appréhender des phénomènes biologiques complexes comme l’apparition d’une nouvelle maladie, pour affirmer à la fois le caractère scientifique de leur démonstration, l’exactitude de leurs affirmations et le caractère intangible des lois qui découlent de leur raisonnement.

Ainsi, l'utilisation des mathématiques a déjà largement été dénoncée par le mathématicien Vincent Pavan, qui avait produit un violent réquisitoire contre une étude non revue par les pairs (Preprint), intitulée "Estiming the burden of Sars-CoV-2 in France". Il estimait être de la fausse science épidémiologique. C'est pourtant cette base contestable, qui a servi de justification à la mise en place du passe sanitaire, après l'avis favorable du Conseil scientifique. 

Le phénomène n’est pas nouveau. Depuis le début de la pandémie, on entend parler de modèles mathématiques appliquées à des phénomènes biologiques complexes. Or, la notion de modèle peut se révéler très vite stérile, surtout lorsqu'il s'agit d'une nouvelle maladie ; en niant la nature de la complexité du vivant, un modèle mathématique est une coquille vide. 

Cet usage des mathématiques afin de démontrer une hypothèse qui restera à l'état de modélisation, car non observable de manière empirique, est fort pernicieux parce qu'elle mène le commun des mortels à perdre confiance dans la science. De la même manière, s'il s'avérait que les vaccins n'étaient pas efficaces, méfiance et scepticisme grandiraient au sein de la population. Rappelons que la science doit faire usage de principe de réplicabilité dans le réel et qu'un modèle n'est qu'un outil de conceptualisation pour assister à une décision. Il ne se passe d'une étape de calibration qui amène à valider le modèle au réel.

Des interprétations qui nient tous les phénomènes biologiques, biochimiques et physiologiques

Prenons quelques-unes des affirmations pour les commenter.

On s'attend à ce que la non-vaccination entraîne une amplification de la transmission des maladies dans les sous-populations non vaccinées, mais la nature transmissible des maladies infectieuses signifie que cela augmente également le risque pour les populations vaccinées, lorsque les vaccins confèrent une immunité imparfaite qui reconnaissent que l’immunité collective ne peut plus être atteinte depuis l’apparition des nouveaux variants. "

Parler d’immunité collective à une époque où plus personne n’y croit fait déjà sourire. Partir du réel, de l’observation des faits, devrait être le fondement préalable à toute réflexion. Et, lorsqu'on prend le cas de Gibraltar dont la population est vaccinée à 99 %, on s’aperçoit que les injections n’ont pas prévenu des rebonds épidémiques. Une simple observation de la courbe épidémiologique suffit, pour être convaincu, de l’échec de la politique vaccinale. Et, à moins d’attribuer la reprise épidémique aux 1% de personnes non vaccinées, on ne peut que constater l’échec de ces injections à répétitions.
 
 
 
Lorsque ces chercheurs en mathématiques parlent de la nature transmissible des maladies infectieuses, il aurait été judicieux d’apporter quelques précisions, par exemple, sur les différences qui peuvent exister entre les variants. Ils auraient pu apprendre des analyses moléculaires du professeur Jacques Fantini et ses équipes, dont l’analyse du T-index (index de transmissibilité) "qui étudie l’interaction du domaine NTD de la protéine Spike avec les rafts de la cellule hôte, l’interaction du domaine RBD avec le récepteur ECA-2, et le potentiel électrostatique de surface qui révèle la vitesse d’attraction du virus à la cellule cible ». Des caractéristiques qui lui permettent de comprendre les caractères de contagiosité des protéines Spike pour chaque variant. 
"L'émergence de la variante Omicron, très envahissante sur le plan immunitaire, pourrait compromettre certains de ces progrès, bien que l'administration de doses de rappel du vaccin puisse rétablir un haut niveau d'efficacité".
Là encore une meilleure connaissance de la biologie moléculaire et de l’existence de plusieurs sortes d’anticorps, pourrait éviter des affirmations qu’aucun scientifique sérieux ne peut plus ignorer. En effet, depuis Delta, ce sont les anticorps facilitants qui dominent. Les données suggèrent que l’équilibre entre les anticorps neutralisants et facilitants chez les individus vaccinés est en faveur de la neutralisation pour la souche originale de Wuhan. Cependant, il en va différemment pour le variant Delta et plus encore depuis l’apparition d’Omicron, où les anticorps neutralisants ont une affinité réduite pour la protéine Spike, tandis que les anticorps facilitants présentent une affinité accrue frappante.
" L’'efficacité des vaccins contre le SRAS-CoV-2 pour ce qui est de réduire la gravité de la maladie et de perturber la transmission ultérieure, même en cas de percée de l'infection, a probablement sauvé de nombreuses vies."
Enfin, si les auteurs avaient eu connaissance des travaux du biologiste cellulaire et microbiologiste Jean-Marc Sabatier, ils auraient certainement été plus prudents. Apprendre qu’une vaccination avec de multiples rappels, peut induire chez les vaccinés un syndrome d’immunodéficience acquise (SIDA), parfois appelé syndrome d’immunodéficience induite (SIDI) donne à réfléchir. Et, comprendre que « la protéine Spike vaccinale, qui interagit avec le récepteur ECA2 des cellules, va produire les mêmes effets « délétères » que le virus, c’est-à-dire un dysfonctionnement du système rénine-angiotensine (avec la suractivation de son récepteur AT1R), dysfonctionnement qui peut aboutir à un dérèglement de l’immunité innée qu’il pilote, devrait interpeler ces chercheurs sur les dommages d'une vaccination devenue obsolète depuis l'apparition des nouveaux variants. 
 
Si la valeur de cette étude pose question, c’est parce qu’elle consiste en des élucubrations et des hypothèses originelles imprécises et douteuses, faisant perdre à leurs auteurs les complexités du système physiologique humain, en s’enfonçant dans un dédale d’affirmations aussi dérisoires qu’inutiles.

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