Un membre présumé d'un escadron de la mort gambien jugé en Allemagne

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Par Mathieu FOULKES, David COURBET - Celle (Allemagne) (AFP)
Publié le 25 avril 2022 - 03:05
Mis à jour le 26 avril 2022 - 01:20
Cet article provient directement de l'AFP (Agence France Presse)
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Ayesha Hamun Jammeh, à Banjul le 19 avril 2022, pose avec un panneau "Non à l'impunité", réclamant justice pour son père et sa tante, tués présumément par le régime de l'ex-président Yahya Jammeh en G
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© MUHAMADOU BITTAYE / AFP/Archives
Ayesha Hamun Jammeh, à Banjul le 19 avril 2022, pose avec un panneau "Non à l'impunité", réclamant justice pour son père et sa tante, tués présumément par le régime de l'ex-préside
© MUHAMADOU BITTAYE / AFP/Archives

"Un grand jour pour la justice": le procès d'un Gambien accusé d'avoir fait partie d'un escadron de la mort sous l'ancien dictateur Yahya Jammeh, a débuté lundi en Allemagne, salué comme une avancée dans le combat des victimes du régime.

Ce procès, qui pourrait se tenir jusqu'en 2023, est "le premier à poursuivre les violations des droits de l'Homme commises en Gambie", souligne l'ONG Human Rights Watch.

Le suspect de 46 ans, Bai Lowe, comparaît devant le tribunal de Celle (Basse-Saxe) pour crimes contre l'humanité, meurtres et tentatives de meurtre entre 2003 et 2006. Parmi les faits poursuivis, l'assassinat du correspondant de l'AFP Deyda Hydara.

Lors de la première audience, M. Lowe, sans ôter son anorak de la journée, a suivi les débats principalement consacrés à des points techniques, sans prendre la parole. Réfugié en Allemagne depuis 2012, il avait été interpellé à Hanovre en mars 2021.

"C'était bien, ce face à face avec lui", a affirmé à l'AFP à la fin de l'audience Baba Hydara, fils de Deyda Hydara et partie civile: "après 18 ans d'attente, ce procès historique est le symbole que les crimes ne peuvent pas restés impunis".

Son père, correspondant de l'AFP, avait été tué par balles, le 16 décembre 2004. Bai Lowe aurait convoyé en voiture les assassins du journaliste gambien, selon l'acte d'accusation.

L'accusé était à ces dates le chauffeur d'une unité paramilitaire surnommée "Junglers" ("broussards") chargée "d'exécuter des ordres d'assassinat illégaux. L'objectif était d'intimider la population gambienne et de réprimer l'opposition" au régime de Yahya Jammeh, dictateur resté au pouvoir pendant 22 ans, décrit le parquet fédéral allemand.

- Confessions radiophoniques -

L'accusé a participé "à trois ordres de liquidation au total", estiment les procureurs.

Le principal élément à charge est une interview donnée en 2013 à "Freedom radio", radio gambienne basée aux Etats-Unis, selon un enquêteur de la police criminelle allemande interrogé à l'audience. Lors de cet entretien de plus d'une heure, toujours accessible en ligne, Bai Lowe a décrit comment il avait participé aux trois attaques.

Depuis, il s'est toujours refusé à réitérer ces déclarations devant les enquêteurs. En analysant son téléphone portable, ces derniers ont retrouvé plus de 75.000 photos dont plusieurs suggérant sa participation aux actions des "broussards" au début des années 2000.

Cofondateur du journal privé The Point, Deyda Hydara était aussi le correspondant en Gambie de l'ONG Reporters sans frontières (RSF).

Agé de 58 ans et père de quatre enfants, il était considéré comme le doyen des journalistes de ce petit pays anglophone d'Afrique de l'Ouest.

L'accusé est également soupçonné d'avoir été complice de la tentative d'assassinat, en décembre 2003, d'un avocat réputé à Banjul, Ousman Sillah, et du meurtre près de l'aéroport de Banjul en 2006 de Dawda Nyassi, considéré comme un opposant de l'ex-président gambien.

- Premier pas -

La justice allemande agit au nom du principe de la "compétence universelle" qui permet de juger en Allemagne certains crimes quel que soit l'endroit dans le monde où ils ont été commis.

Arrivé au pouvoir par un putsch en juillet 1994, Yahya Jammeh s'était fait élire en 1996 puis réélire sans interruption jusqu'à sa défaite en décembre 2016 face à l'opposant Adama Barrow. Depuis 2017, il se trouve en exil en Guinée équatoriale.

"Ce procès, qui est le premier d'une longue série, souligne l'engagement du gouvernement à rendre des comptes pour les crimes du passé", a salué le ministère gambien de la justice dans un communiqué.

Certains défenseurs des droits mettent en doute la volonté de l'actuel pouvoir de juger les plus hauts responsables des crimes de la dictature.

Le régime Jammeh est accusé de tortures systématiques, d'exécutions extrajudiciaires, de détentions arbitraires, de disparitions forcées et de viols.

En juillet 2019, devant la Commission gambienne "vérité, réconciliation et réparations" (TRRC), trois anciens membres des "Junglers" avaient reconnu avoir assassiné Deyda Hydara, plus de 50 migrants ouest-africains échoués sur une plage, ainsi que d'anciens compagnons de route de M. Jammeh, soupçonnés de vouloir le renverser.

Outre Bai Lowe, deux autres acteurs présumés des exactions sont actuellement détenus à l'étranger.

Ousman Sonko, ancien ministre de l'Intérieur, fait l'objet d'une enquête en Suisse depuis 2017 pour "crimes contre l'Humanité" et un ex-"broussard", Michael Sang Correa, a lui été inculpé en 2020 aux Etats-Unis. Son procès pourrait débuter début 2023.