Affaire Benalla: auditionné, Collomb assure qu'il ne savait rien et ne répond pas aux questions

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Affaire Benalla: auditionné, Collomb assure qu'il ne savait rien et ne répond pas aux questions

Publié le 23/07/2018 à 14:02 - Mise à jour à 14:08
© Naguib-Michel SIDHOM / AFP/Archives
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Auteur(s): Pierre Plottu

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Gérard Collomb était auditionné ce lundi matin dans le cadre de l'affaire Benalla par les députés de la commission des lois. Le ministre a peu, voire pas du tout, répondu aux questions sensibles usant jusqu'à la corde de la stratégie de l'ignorance et renvoyant les responsabilités à l'Elysée et à la Préfecture de police (pourtant sous ses ordres).

Instant surréaliste. Gérard Collomb était auditionné ce lundi 23 au matin par la commission des lois de l'Assemblée nationale pour répondre aux questions des députés sur l'affaire Benalla. Bilan de ces deux heures d'entretien: le ministre de l'Intérieur français a assuré ne rien savoir, ou si peu, de ce scandale. Ou du moins pas grand chose de plus que ce qu'a révélé la presse depuis que l'affaire a éclaté.

Gérard Collomb est le chef de la police et des renseignements, sans doute le personnage le mieux informé de la République -outre bien sûr le président-, et pourtant il ne sait rien, a-t-il donc clamé sur tous les tons. Le tout après avoir juré, la main droite levée, de dire "toute la vérité".

Gérard Collomb a ainsi assuré qu'il ne connaissait pas Alexandre Benalla, un homme si proche du chef de l'Etat dont le ministre est lui-même un des premiers lieutenants, un compagnon du premier cercle et de la première heure. Et qu'importe que Mediapart ait révélé dimanche que Collomb a donné "l'accolade" à Alexandre Benalla lorsqu'il l'a croisé dans la salle de commandement des opérations, le soir du 1er mai. Non, devant les députés, Gérard Collomb a assuré qu'il "ne savait rien" de la présence de Benalla, qu'il ne connaissait de toute façon donc pas. Le ministre a même assuré ne "pas connaître les noms" de la "quarantaine" de personnes qui étaient là, au plus au cœur d'un des plus hauts niveaux du dispositif sécuritaire de la République.

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Gérard Collomb a également dit qu'il ne savait pas qu'Alexandre Benalla -alors adjoint du directeur de cabinet d'Emmanuel Macron- avait été autorisé à assister en tant qu'observateur aux opérations de maintien de l'ordre de la police le 1er mai dernier. Un tiers était avec ses troupes pendant cette journée si sensible du 1er mai, dont le ministre a lui-même insisté sur le caractère et le niveau de violence exceptionnels, ce tiers était accompagné d'un policier chargé de le superviser (Philippe Mizerski), mais personne ne l'en a informé à l'en croire.

Ce n'est pas tout. Gérard Collomb a également juré qu'il ne savait pas qu'Alexandre Benalla bénéficiait d'un permis de port d'arme depuis le 13 octobre 2017, a-t-il lui même précisé. La liste des personnes autorisées à être armées sur la voie publique sans faire partie des forces de sécurité est pourtant extrêmement restreinte. Collomb l'a confirmé lui-même en rappelant que ses services -et ceux de ses prédécesseurs- ont refusé à Benalla à trois reprises ce permis de port d'arme (en 2013 puis en janvier et juin 2017). Des enquêtes dont la presse a révélé que les agents s'opposaient à l'octroi d'une telle autorisation en qualifiant Benalla de "Rambo". Mais non, Gérard Collomb n'était pas au courant. C'est un arrêté préfectoral, autre voie légale d'obtention du sésame, qui a délivré ce permis de port d'arme à Benalla, a révélé le ministre. Mais il s'est bien gardé de préciser qui a été à l'initiative de cette autorisation finale, faute d'être interrogé précisément sur ce point par les députés de la commission des lois.

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Autre point: Gérard Collomb a juré qu'il n'a pas parlé de l'affaire avec Emmanuel Macron. C'est un dossier au parfum de scandale, voire d'affaire d'Etat, mais non, le ministre, trop occupé avec Notre-Dame-des-Landes et le reste, s'est contenté de faire suivre le 2 mai puis dit "ne s'(être) plus occupé du sujet". Tout juste a-t-il fini par concéder avoir abordé l'affaire avec Emmanuel Macron ce week-end, samedi 21 précisément. Mais, ici encore, les deux hommes en ont parlé "le moins possible" selon Collomb, qui a tenté de faire croire, sous les rires sardoniques des députés, que leur entretien a été consacré à la réforme constitutionnelle...

Et ce n'est pas tout: Alexandre Benalla a-t-il commandé des écoutes téléphoniques? L'Intérieur avait-il connaissance des méthodes musclées du personnage et des nombreux incidents auxquels il est mêlé? Une note de police a-t-elle été transmise à la suite de l'incident place de la Contrescarpe le 1er mai?... A ces questions, comme à tant d'autres, Gérard Collomb n'a pas répondu ce lundi matin. Ou plutôt, lorsque les parlementaires ont insisté, il s'est contenté de répondre qu'il ne pouvait pas répondre, faute d'information. Pour le reste il a "lu dans la presse" les quelques éléments qu'il a bien voulu communiquer, qui étaient donc déjà publics.

Après l'audition de Gérard Collomb ce lundi matin, la stratégie de l'exécutif est claire: personne ne dira rien d'autre que ce qui sera déjà sorti, notamment dans la presse, ou sans être confronté à des éléments tangibles. Une certaine idée de la transparence que Guillaume Larrivé (LR), co-rapporteur de la commission d'enquête parlementaire, semble avoir anticipée. Une "deuxième audition" de Gérard Collomb sera "sans doute nécessaire" une fois que les autres protagonistes de l'affaire auront été entendus, a ainsi annoncé le député en introduction de la séance.

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Auteur(s): Pierre Plottu


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